vendredi, juin 27, 2008

Ecrire un récit de vie comme une reconnaissance de soi



"On ne peut communiquer une expérience sans raconter une histoire"
Walter Benjamin

Si nous observons la rue à travers la fenêtre, ses bruits sont atténués, ses mouvements sont fantomatiques et la rue elle-même, à cause de la vitre transparente, mais dure et rigide, paraît un être isolé palpitant dans un « au-delà ».Mais que l’on ouvre la porte : nous sortons de l’isolement, nous participons de cet être, nous y devenons agissants et nous vivons sa pulsation par tous
nos sens (…)

Vassili Kandinsky, Point et ligne sur plan.



Ecrire en atelier suppose une attitude d’écoute active de la part de l’animateur…Il accueille littéralement les hésitations et les désirs d’écriture des auteurs sans les formaliser autour de modèles trop établis. Par contre, il stimule en contraignant l’auteur à passer par des « balises » obligées, afin de lever l’inquiétude individuelle et de placer le participant dans une sorte de « partie de mots », comme il y a des parties de cartes, des jeux, etc.…
La lecture des textes est extrêmement importante, et périlleuse : c’est un moment où le groupe constate l’efficacité, la drôlerie, l’inventivité, le jeu sur les clichés…et où il accède, par connivence, dans l’univers particulier des auteurs qui le constituent.
Mais de quelle lecture s’agit-il quand on parle de lecture en Atelier ? De quelle écoute prétend-elle s’enrichir ?
Il faudra prendre garde à écouter le texte avec la distance bienveillante qui permet alors les effractions. Il s’agit bien d’un autre qui parle quand il lit un texte, son texte.
Une oreille qui écrit
Un auteur lit son texte mais ce n’est plus son texte qu’on entend, c’est son corps et sa voix et son visage, et ses mains et ses yeux qui lisent et qui tissent autour du texte un autre texte : le contexte. Ce texte de l’affect qui fait le ferment d’un atelier d’écriture. Car dans un atelier, rares sont les moments où on lit, on parle les textes surtout, pour les faire entendre. On ne les donne pas à lire en lectures silencieuse dans un premier temps. Du moins je rappelle ici une pratique courante et générale. Des exceptions existent, bien sûr, et elles produisent alors d’autres écoutes et d’autres réactions…
Le texte se loge alors dans notre oreille interne et il insémine du sens en nous à notre insu. Le texte porté par la voix produit le système d’écoute d’un auteur lu par un autre à un troisième…Les quiproquos sont inévitables. Soyons donc attentif à ne pas les provoquer de façon violente et injuste.
Le corps parle dans le texte…Cela laisse entendre que de la matérialité, de la corporalité, mais aussi du souffle, du parlé-chanté, de la musique traverse le corps en lieu et place du texte…Cela laisse entendre que la voix fait vibrer, trembler la structure atomique des organes. Les résonateurs sont en place et le texte inspire ou expire à travers eux…
Mais que font surgir en nous ce son, cette musique, cette scansion, ce rythme ? Que font-ils dans ces impasses ou ces carrefours matériels que constituent nos lieux de résonance corporels ? Comment la voix prend-elle place dans l’écrit ? Comment le corps laisse-t-il la place au texte ? Et de quelle façon ?
Dans la scansion, le rythme, la voix se loge dans l’écriture ; par la ponctuation, la pensée et le souffle du narrateur s’articulent, par le dessin des phrases, une intention s’impose.
L’oralité, c’est aussi la matérialité de l’origine du narrateur, ses hésitations, ses pulsions, sa position dans la hauteur du regard et de la parole…
L’oralité dans l’écriture, c’est de la musique, du son, de la parole qui bousculent l’idée lointaine du son de la phrase (la résonance de la mémoire).
C’est du son qui se laisse entendre au centre de la phrase et non dans l’arrière-salle de la littérature…
L’oralité, c’est une bouche dans le texte qui articule autre chose que de la mélodie convenue. Elle profère plus qu’elle n’énonce, elle projette plus qu’elle n’évoque…
Le Grand Récit
Mais ce qui importe c’est de se souvenir que ces dérives peuvent produire un sens nouveau chez l’auteur lui-même. Et le récit de vie par le passage par les étapes des stéréotypes, relie de façon commune tous les participants dans le Grand Récit du temps, de l’époque (The Narrative, comme disent les anglo-saxons). Le Narrative génère des lieux communs (le réchauffement de la planète, l’immigration, le sida, la disparation du travail et des valeurs, …). En réalité, chacun vit autre chose que ce qu’il se sent obligé de dire. Les thèmes forts portés par les politiques ne sont pas nécessairement ceux que ressentent comme importants les gens. D’où c sentiment de divorce entre la valeur, la réalité de la vie et les discours qui la coordonnent.
Les récits de vie, s’ils sont bien menés vers leur émergence devront affronter cette discordance entre le Narrative, le Grand Discours et la réalité prégnante des sentiments, des peurs, des désirs, des projections, des priorités des personnes en recherche.
Mais cela est évidement souvent politiquement incorrect. Et cette incorrection touche aux croyances de la démocratie et non à ses questions, à ses nécessités, à ses pragmatismes, à ses obligations, à ses impasses…
La Socio-culture a comme mission principale d’induire, de soutenir et de répéter ce Gand Discours d’une moralisation générale ( la cigarette, l’excès de vitesse, les comportements à risque, la xénophobie et le racisme, toutes les assuétudes sont normalisées de la même façon en leur affectant le même : discrédit moral…ce qui correspond en réalité à pulvériser l’idée même de morale par une égalisation consensuelle émanant d’un contexte socioculturel toujours plus normatif.).
La norme ou le sens ?
Comment amener à écrire un public de demandeurs d’emplois, de chômeurs, de sans emplois, de travailleurs sans emplois, de travailleurs en recherche d’emploi, etc…si on aborde pas dans l’atelier ce qui fait tache, ce qui touche à la misère sexuelle, morale, spirituelle, sentimentale, physique de ces personnes aux abois et qui se voient traiter comme si elles étaient une catégorie parmi tant d’autres ?
Comment faire émerger quoi que ce soit d’utile à la personne si l’atelier d’écriture, dans ce cas, n’affronte pas les questions qui fâchent…et qui relient ?
Pourquoi alors ces ateliers ? Pour relier dans la morale commune (« on s’occupe de nous ! », pour donner du travail aux formateurs, pour rendre lisible la chaîne d’attention, de solidarité ou de compassion (le terme sera celui du « bord philosophique approprié »…), pour satisfaire aux attentes communes, pour tenter de s’approcher, à son insu des grandes questions (triviales, sales, dérangeantes,…).
Dans un livre récent, Vincent De Raeve tente de dire ces questions sans en hystériser le vocabulaire, les positions morales, les jugements. Il voit et dit. Et c’est beaucoup plus terrible, que de voir et juger à l’aune d’une résolution morale commune.(1)
Bien entendu, tout récit de vie implique la question de l’estime de soi, du Contrat social (vivre ensemble) et de la culture et des valeurs (vivre côte à côte). Et ces trois dimensions, sont quoique disent les auteurs, les animateurs et les lecteurs, contenues dans chaque texte, quelles que soient ses qualités littéraires. Il suffit de lire, d’écouter et de se représenter ce qui est écrit et non ce que nous voulons entendre…
Fais semblant de tousser
Un médecin me disait récemment son trouble devant des jeunes patients qui restaient muets devant son invite à tousser lors de l’auscultation. Comme la situation se répétait, il se dit que peut-être ces enfants qui n’avaient aucun besoin de tousser se demandaient très certainement quelle mouche le piquait de les inviter à tousser alors que rien ne leur piquait la gorge ou les poumons. Une mère, un jour, pour aider, souffla à son gamin de faire semblant. « Fais semblant de tousser ». Et il toussa comme il le fallait. Le jeu valait le réel…et le médecin put terminer son travail.
Dans l’écriture d’un récit de vie, il y a un passage par ce « Fais emblant de tousser »…Ce sont les lieux communs, les clichés, les passages par la une hypostase, une façon de transiter par un terme pour en évoquer un autre…Mais ces passages obligatoires font entendre le sens intime et nous donne en représentation un écho, une résonance de ce que nous voulons faire entendre.
Ouvrir cette boîte à clichés que nous portons en nous, c’est peut-être la mission de l’’animateur d’un atelier de récits de vie. Et cette ouverture passe, à mon sens, par des étapes systématiques et systémiques.
Nous sommes d’abord confrontés à la question de l’origine le nom, le Je initial, le nom propre. Cela constitue une des premières étapes de notre récit. Puis, celle de la relation à l’Autre, puis celle de son « auto-louange » ou de sa reconnaissance bienveillante, puis par la nomination des affects flottants en nous, puis…
Toutes ces étapes sont constitutives de l’écriture mais elles peuvent apparaître dans le désordre le plus complet. Chaque animateur prendra soin d’établir une cohérence systématique des étapes (à lui de les reconnaître dans la culture du groupe, par exemple) et de les conduire dans une résonance systémique. Ces étapes vont produire des systèmes d’écriture, des interactivités mémorielles, des souvenirs contextualisés…
Le travail sur la qualité narrative sera donc le fil conducteur principal et non la question du bien, du beau, du bon…La qualité narrative est nécessaire pour permettre l’émergence de sentiments, d’émotions de non-dits,…et cette qualité est reconnaissable à ce qu’elle produit un système d’écoute et de lecture…
Dominique Dussidour rapporte ce que le peintre Paul Cézanne racontait: « Rappelez-vous Courbet et son histoire de fagots. Il posait son ton, sans savoir que c’était des fagots. Il demanda ce qu’il représentait, là. On alla voir. Et c’était des fagots. » Des fagots ou pas des fagots, c’est de peu d’importance. L’important est que Courbet a eu besoin, là, dans l’espace de sa toile, d’une touche de brun et qu’il l’a posée.
Et Dussidour ajoute : « Auparavant, une fois que j’avais posé une touche de brun (ou de ponctuation, ou de dialogue) moi aussi j’allais voir si c’était des fagots. Et c’était des fagots. Maintenant je ne vais plus voir. »

Ecrire un récit de vie suppose de laisser émerger souvenirs, faits, dates, circonstances et d'accorder ces événements dans le sens d'une "histoire", la sienne. On pourrait dire que le récit de vie tente de rassembler "les" histoires d'une même personne: histoire familiale, amoureuse, professionnelle,…Ces histoires se profilent dans la matière du récit. Ce n'est pas la fiction qui est en jeu mais la tentative de ne pas faire de fiction…
Le projet est évidemment impossible: toute écriture est une représentation, donc une fiction aussi minimale soit-elle.
Ecrire un récit de vie, c'est donc accepter de raconter une vie qui aura "infusé" dans la mémoire (de la sienne, de celle des autres) et d'en reconnaître les signes forts tout au long d'une chimie étrange qui s'appelle l'écriture…
Le Récit de vie se situe dans un lieu au croisement de multiples chemins ou positions d'observation: la mémoire affective et collective, le souci de soi et de la reconnaissance de son identité, le désir de "révéler" (dans le sens photographique…) son expérience, son aventure humaine…
Ni légende, ni roman, ni poème épique, le Récit de vie raconte entre soi et les autres cet écart où chacun tente de se reconnaître…

Qu’est-ce qui nous incite à apprendre ? La vie traversée d’écrans, d’obstacles à surmonter, la joie d’être ici, le hasard des rencontres, des expériences diverses qui nous laissent relativement insatisfaits de l’état de nos savoirs, des évènements, des lectures,… ?
Se poser la question de l’état des lieux de nos connaissances multiples. S’interroger sur ce que nous avons appris et qui nous a fait bifurquer de notre parcours de vie peut nous aider à faire face à de nouveaux choix en nous faisant prendre conscience de notre capacité à peser sur ces choix.
Trois étapes constitutives du récit
Pour le philosophe Paul Ricœur (cité par G. Pineau), la construction historique du récit de vie passe par trois phases :
- Préfiguration du récit dans l’expérience temporelle vécue
- Configuration de l’expérience vécue par la narration. La mise en intrigue.
- Refiguration de l’expérience par l’acte de lecture (2)
Ces pratiques obligent à repenser la rationalité et la rigueur des méthodes et des analyses théoriques proposées, le processus de formation, le sujet, l’auteur et son développement, son historicité, traversés par des contextes culturels, traumatique, historiques, etc…, les cadres de référence, les « grilles », les systèmes, à partir desquels s’effectuent la construction et l’interprétation des récits.
Ecrire un récit de vie, c’est donc tenter de se transmettre et de transmettre du bien commun, du sens commun, fabriqué de ces actes, pensées, sentiments, rumeurs, angélismes, diabolisations, terreurs, utopies nécessaires au lien social et non nécessaires à un éros individuel…La transmission de cette matière (réelle et virtuelle, c’est-à-dire imaginaire) passe par des actes de reconnaissances réciproques entre l’auteur et le lecteur.
La transmission, aujourd’hui dans la matière du récit de vie pointe toutes ces questions. De nombreux auteurs de textes de récits de vie veulent transmettre mais ne savent pas très bien à qui (hormis la famille proche qui s’empressera souvent de ne pas lire ou, mieux, de détruire, les actes de transmission…car ils dérogent à la parole collective familiale par exemple…).
Alors, ils écrivent, enferment leurs écrits (dans un coffre…) et attendent. Ce n’est pas transmettre, cela, c’est espérer, attendre, supposer.
En matière d’écriture de récits de vie, la question s’est donc posée du comment transmettre, du quoi et à qui ? Des initiatives individuelles et institutionnelles ont vu le jour et la recherche dans le champ des écrits de l’intime s’est nettement développée depuis les années 80. Mais les questions de base demeurent. Comment faire en sorte que la transmission, pour atteindre à quelque vertu communicationnelle de base en ces temps multimédia, puisse échapper à la mise en spectacle, à la folklorisation même, et se réhabiliter en affrontant la question du sens de cette transmission ?
C’est-à-dire : quel monde voulons-nous et pourquoi désirer le projeter dans l’avenir ?

(1) Carnets d’un garde-chasse de Vincent De Raeve, éd. Couleur Livres, collection Je, 2008.
(2) Orofiama R., Dominicé P. (dir.) Les histoires de vie : théories et pratiques, éducation Permanente n°142, 2000

Daniel Simon

mercredi, juin 25, 2008

Chantier Poésie d'été

Dedans / Dehors : la poésie nous relie…

Formateur: Daniel SIMONEcrivain, metteur en scène, formateur. Anime des ateliers d’écriture et de la parole en Belgique et à l’étranger depuis plus de 25 ans

Programme:Le poète invente les mots de la tribu. Paul Valéry.
La poésie est aussi ancienne que l’homme veut bien l’imaginer.
Il parle, il danse et, très récemment, il écrit ; ce qui le relie au monde ou le sépare de lui.
La poésie se laisse entendre aujourd’hui sous diverses formes : poésie visuelle, poésie sonore, poésie écrite, poésie « slamée », poésie en trois dimensions.

C’est à un chantier de poésie que vous êtes invités à participer et dans ce chantier le "faire" sera nourri de nos sens, de notre volonté de vider les lieux communs et de les remplir de notre expérience intime.

La Cité est faite de lois et se projette dans la parole des poètes.
A nous de remplir cette parole de ce que nous vivons aujourd’hui !

Ce chantier Dedans / Dehors n’est pas destiné à la fabrique du "joli" mais bien à la recherche de ce qui sonne "vrai" en nous et que nous voulons proposer aux autres.
Ecrire, dessiner, travailler sur le Net, créer une installation, travailler la photo numérique et la transformer en poème, voilà ce que nous « chahuterons ensemble » cet été.

Contenu : une bibliothèque de poètes sera à la disposition des participants, des expériences vidéo, des formes visuelles… Nous approcherons par diverses techniques (chacun choisira la sienne) ce cheminement du Dedans / Dehors qui est le lieu de la poésie : jeux, exercices, observations, lectures

Chaque jour nous ferons une "revue poétique" pour l’ensemble des ateliers d’été : une sorte de chantier à ciel ouvert.

L’animateur accompagnera le travail de chacun(e) dans son entreprise de création (lectures, mises à distance critique, ouvertures des champs…).
Des mises en situations de perception (à travers divers exercices empruntés aux poètes) seront proposées comme échauffements quotidiens.

Chaque participant sera soutenu dans l’accomplissement de son projet jusqu’au terme de l’atelierMéthodologie par le faire et le refaire, s’approcher des lieux communs qui sont en nous et les ouvrir pour en extraire le sens intime .

Ecriture solitaire, écriture collective, lectures, créations diverses, retours critiques en groupe
mise en forme de la "revue quotidienne" du chantier : affronter le regard des autres, écouter, assouplir sa forme, l’explorerPour qui ?Pour tous publics à partir de 16 ans.
(15 personnes max.)
Aucun pré-requis technique n’est nécessaire.

dimanche, octobre 14, 2007

Au coeur de l'incertain

Au cœur de l’incertain

Hölderlin écrivait que la philosophie et la poésie étaient l’hôpital des âmes blessées…Nous savons que cet hôpital est à la mesure du monde, du nôtre, de celui où nous tentons de vivre en commun des moments d’exception où l’homme se rétablit lentement parmi les hommes à la condition de ne jamais ignorer que la vie ne suffit pas, à personne, où que ce soit, pour avoir le sentiment de la vie.

La poésie et la philosophie sont ces mystérieuses inventions que nous portons au devant de nous pour éclairer ce qui est sombre en nous et nous rend souvent si opaques.

La poésie, au nom de lieux communx littéraires que le présent nous renvoie sous formes de clichés bien tempérés n’est en rien exempte de l’obligation de prendre place dans cette chose qui advient chaque matin, percluse de tensions, rabotée d’amères expériences, gonflée d’illusions comme bulles de savon et qui a la Cité pour nom et pour lieu.

Certains veulent faire de cet espace un enclos climatisé, d’autres un parc humain, d’autres encore une vaste chambre où chacun aurait le choix d’user et d’abuser des uns et des autres, tantôt des âmes, tantôt des cœurs tantôt des corps, au choix des caprices liberticides.

Ce temps d’une Cité réconciliée avec l’ambition qu’elle se donne depuis ses origines est le temps de la poésie, de cette fabrique d’hymnes intérieurs que l’homme chuchote à l’oreille de ses contemporains dans les temps de glaciation ou dans des déserts à l’horizon flou et incertain. C’est dans cette Cité que la poésie peut le plus alors que les dieux s’encombrent mutuellement d’aspirations funestes, c’est dans cette Cité que la poésie connaît paradoxalement souvent le souffle du mépris ou d’une ignorance qui tend aujourd’hui tellement à rassembler qu’on se surprend souvent à la considérer comme l’ultime invention démocratique ! C’est dans cette Cité que la poésie entrouvre souvent de subtiles fissures dans le vacarme d’où s’échappent des musiques nouvelles inconfortables à l’oreille parfois, échappant à la commune mesure du sens et de l’entendement, mais qui vite s’imposent quand elles sont nourries du battement irréfragable des hommes et des idées conscients de leur disparition…

C’est de ces trous dans des mythologies de certitudes que la poésie s’occupe, elle fore là où ça se prend pour de l’éternité, elle frappe là où le tympan se ramollit à l’écoute des chants les plus beaux, elle brise ce qui se croit précieux et opportun, elle rapièce des morceaux que l’usage rejetait, elle coud des souffles les uns aux autres afin que celui des morts arrivent enfin et toujours jusqu’à la bouche des vivants.

C’est de ces arrangements avec notre condition d’être au monde que la poésie s’occupe, elle se doit de fréquenter les culs de basse fosse comme les greniers, elle va au bras du temps* et le précède souvent, elle immobilise cette perception du fluide et du vaste et nous rend l’univers discontinu et neuf dans chaque vie, à nouveau.

Dans le ramdam et les cacophonies, quelque chose de presque inaudible perce comme une voix discordante, un son dégagé du sentiment d’appartenance à la symphonie majeure, une brisure dans ce qui se veut lisse, une griffe dans les miroirs rassembleurs et cette poésie-là n’a que faire de l’air rare des poumons cacochymes.

Cette poésie dégage de l’innommé des masses élémentaires, elle rédige le texte incertain qui flotte en nous et que nous rêvons confusément d’écrire au nom de ce qui manque ici et en souvenir de cet ici qui nous manque sans cesse.

Cette poésie corrompt l’abjecte idée de pureté qui est comme un ferment sinistre qui renvoie dos à dos ceux qui n’ont que leur paumes et leur dos justement pour les coups de bâton de l’arrogance et des vertus qui ne vont jamais seules et sont alors comme des harpies qui mettent à mal l’idée même des bonheurs insoupçonnables d’être ensemble.

Et dans la Cité des hommes des voix fusent de partout pour dire l’empêchement, l’horreur, le malheur et l’irréductible mépris que certains portent à la plupart. Ce n’est ni le fer, ni le feu qui sont alors les plus vifs mais la parole confuse, le déni et l’amalgame ; ce sont des poisons qui n’ont plus pour enclos les égouts mais les Sénats, les Tribunes et les assemblées libres. Ce sont des vents délétères qui ont toujours soufflé et qu’il s’agit de détourner dans des gouffres sans fin, ou plus simplement de traiter comme de la pestilence, une gale récurrente, une sale maladie transmissible par l’envie, la frustration, la misère et le dégoût de soi.

C’est la poésie qui peut alors le plus en conjurant ce qui advient en nous à chaque instant et qui nous porte hors de nous dans la colère et l’imbécillité tranquille des hommes impatients. C’est dans cette agitation que nous menons nos affaires, que des ponts se tendent entre deux rives, que des Océans glissent vers d’autres fonds, que des courants froids et chauds se mêlent en faisant surgir la barre qui met à mal les hommes mal embarqués.

Dans ce fatras de choses grandioses et dérisoires c’est d’oxygène et d’espoir que les hommes ont le plus grand besoin et ils savent aujourd’hui que l’un ne va pas sans l’autre alors, un peu partout, sous toutes les latitudes, certains s’arrêtent de parler et de mal respirer. Ils plongent dans l’azur un regard moins certain, ils se remettent au coude à coude pour tenter d’échapper à cette fascination du pire qui est leur bien commun.

Édouard Glissant dans un magnifique Tout-Monde nous fait l’éloge des archipels de savoirs et de pensées qui sont autant de chapelets d’îlots de non-savoir et de méconnaissances que les hommes ont à partager depuis qu’il savent que les continents sont comme des forteresses de sable…

C’est dans ces interstices entre terres fermes et océans que la poésie circule, c’est là qu’elle réside comme un banc de corail qui est la trace d’un équilibre antérieur et qui nous prolongera. C’est dans ces flux intermittents, ces soudaines interruptions de vie où la mort peut voiler jusqu’au souvenir du ciel, c’est dans ces compromissions de matière et de flots, ces entremêlements de tropiques et de pôles que la poésie fait son nid, dans l’incertain qu’il s’agit de prononcer.



Daniel Simon



1. Je vais au bras du temps, Alain Rémond, éditions du Seuil, 2006.

Le double jeu du théâtre et du langage

Question d’époque

Le double jeu du théâtre dans l’image


S’il est évident pour beaucoup que le livre, l’album sont des endroits qui accueillent et divulguent des représentations du monde, il est utile de souligner à quel point les modes de représentation qui sont les nôtres (théâtre, cirque, mais aussi cinéma, télévision, Internet…) trouvent dans les albums pour la jeunesse de multiples occasions d’entrer en scène par le biais de scénarii souvent construits autour de jeunes ou d’enfants, qui tentent, dans le secret de leur monde, d’approcher notre univers social et culturel sans que notre censure n’interfère sur les sujets à représenter. Bien entendu, les albums passent, comme toute œuvre culturelle, sous les fourches caudines de la censure – économique, pédagogique, morale, culturelle, etc. – mais là n’est pas le propos. Ce dont il s’agit, c’est de souligner la récurrence du théâtre (entre autres moyens de représentation) dans la matière graphique et textuelle des albums.

Quand les enfants jouent au théâtre, ils sont dans un monde double et poreux. Ils sont là et ailleurs dans le même temps. Michel Leiris1 nous apprenait dans son texte, La Possession et ses aspects théâtraux chez les Ethiopiens de Gondar, que celle ou celui qui se livrait aux rites de possession n’était pas absent du monde, mais pouvait le lendemain même du rituel s’exprimer à propos des participants, des spectateurs… Ils étaient conscients de la présence des autres. Et cette conscience ne les empêchait en rien de passer dans l’autre monde, celui de la possession. Les enfants qui jouent « au théâtre » font de même, ils font comme si et en même temps, ils savent que les objets du jeu sont des objets ayant une fonction précise, que le lieu est la chambre ou le garage, etc. Et ils savent aussi que le magique qu’ils invoquent n’adviendra pas, sauf dans le cadre de la croyance du magique, qui est lui aussi poreux.
Ils sont sur une scène qu’ils ont nommée et délibérément créée de toutes pièces. Et sur cette scène, ils évoquent le monde des grands et sa dimension merveilleuse et tragique.


L’endroit d’où l’on regarde
La skênê, la fameuse scène, cet endroit du théâtre où les acteurs et le mystère infusent, cet espace vide ou encombré de colonnades et de stucs, ce plateau sur lequel flottent les anamorphoses du monde, est l’endroit tout entier affronté au théâtre, à l’endroit d’où l’on regarde, le theatron. Cette scène est l’apanage des sociétés qui ont découvert la vertu du jeu, de la musique et du chant. Elles poursuivent ce qu’elles avaient inventé environ vingt-cinq mille ans plus tôt, les rites funéraires, l’art, l’esthétique de l’angoisse.
Ce théâtre n’est pas un lieu clos, c’est un espace ouvert sur les flots égéens, les montagnes et le ciel grecs. C’est un lieu de confusion naturelle des bruits et des images fortes. C’est un endroit où les dieux se mêlent furtivement à la vie des hommes. Mais le théâtre a très vite régulé ces rencontres en de somptueuses retrouvailles et c’est la culture qui a distribué les rôles. Les dieux demeuraient dans la proximité, mais une lointaine proximité, qui les rendait accessibles et toujours cruels. Et les hommes savaient que la vie qu’ils tiraient par le fil léger des expériences ne trouvaient de sens que dans la représentation de l’opacité de ces expériences, infinies et répétées.
Il a fallu, dans l’espace helléno-judéo-chrétien, la succession des auteurs (depuis Sophocle) pour tisser des textes minés par les questions qui nous agitent encore aujourd’hui : le rapport aux lois et au mystère, la place de l’individu dans les flux collectifs, la pérennisation des questions et la volatilité des réponses… Et toujours, le théâtre (tel que nous l’entendons aujourd’hui, la combinaison de la scène et du public) a capté le regard de chacun.
Même si chacun ne va pas au théâtre, chacun – nous le savons – en fait, peu ou prou. Dans les prisons, dans les familles, dans les écoles, dans l’anonymat ou sous l’œil des lwebcams, chacun a été amené, à un moment ou à un autre, à représenter une fable devant quelqu’un qui l’écoutait. Et l’enfance est particulièrement sensible à ce rituel de représentation. Le comme si, développé par le metteur en scène Stanislas Stanislavski dans sa construction du personnage, nous renvoie à cette relation du jeu et de la mimêsis. L’imitation de la nature, écrit Aristote dans La Poétique2, est une des conditions de la représentation tragique pour qu’elle nous mène vers la fameuse catharsis, vers cette purification (Molière parle de purgation), vers cette atonie, disent certains aujourd’hui, en relevant le fait que la représentation du tragique nous a, au fil des siècles, et dans l’accéléré du vingtième, habitués, voire, anesthésiés. Le fait tragique serait devenu le prétexte d’une représentation dans la société du spectacle, une occasion de trouver une niche dans le marché des représentations et du spectacle. L’homme spectateur, le citoyen serait dès lors plongé dans une sorte d’habituation régulière et profonde. Les mots sont usés par le marketing communicationnel, les images abîmées par leur usage publicitaire, les événements désaccordés de l’histoire par leur esthétique et leur puissance émotionnelle…

Conquérir le temps des sentiments

Et c’est bien des émotions dont il s’agit quand on tente de creuser la question de la représentation aujourd’hui. De quelles émotions s’agit-il ? De celles, assez floues et mal définies dans un contrat social incertain qui semblent surnager en raison de leur potentiel fédérateur ? De celles qui nous creusent et nous relient tout autant dans la matière existentielle ? De celles qui nous touchent sans nous habiter tant elles sont devenues des lieux communs du discours du tout-à-l’égout émotionnel ? À partir de ces émotions, nous tentons de construire des sentiments qui nous relient dans l’expérience de l’intime et de la singularité partagée. Et c’est à ce point précis que la représentation littéraire et graphique accueillent le matériau du théâtre.
C’est dans cette construction des sentiments, au-delà du choc émotionnel, que le livre, la page, l’espace du blanc du livre peuvent jouer un rôle d’une importance majeure et historique. L’imprimerie, l’architecture de la page, le cadre de scène, la naissance de la peinture sur chevalet, l’exploration et la conquête du monde coïncident avec la volonté –des jésuites, par exemple – de développer la littérature pour la jeunesse et de populariser le théâtre à l’école.
La page devient une nouvelle skênê et des lois nouvelles (la perspective albertienne, par exemple) régissent la représentation graphique. Des « scènes de genre », mais aussi des scènes de représentation théâtrale (gravures) ou des scènes de batailles (terrestres et marines) coïncident avec les témoignages de la place du théâtre dans la cité. Et l’album, le livre pour enfants va très vite accueillir ce qui fait la matière même du jeu culturel : le théâtre. Quand l’enfant joue, il est littéralement habité du monde tout en jouant techniquement du dedans/dehors. Il est conscient de la réalité des choses tout en affectant à cette réalité un autre usage. Il détourne et affecte le réel en le rendant magique. C’est le fameux comme si, ou aussi encore la marionnette qui représente, mais déréalise, le poids du monde tout en le résumant. Et les enfants ne sont pas dupes, ils disent chaise et carrosse dans le même temps, ils jouent tout en sachant qu’ils jouent, ils nomment tout en sachant qu’ils trichent, ils vont et viennent d’une face à l’autre de la vie. Ils trouent cette membrane et la rendent poreuse pour mieux y loger et trouver ce qu’ils inventent.

Deuil ou réenchantement ?
Ce jeu de théâtre est aussi un jeu de deuil, comme nous le rappelle le philosophe Walter Benjamin. Jeu par la mise en scène des êtres et des choses dans des fables élémentaires, mais fortes, et deuil par le fait même que ces jeux dramatiques tentent de réenchanter le monde alors que celui-ci est vécu, dans le cursus de toute éducation, dans l’expérience du désenchantement. Les albums mettent régulièrement en scène, en pages, le théâtre, des enfants qui jouent, le cirque qui arrive dans la ville, l’étranger qui apparaît et joue avant de disparaître…De nombreux albums prennent en charge la présence du théâtre, du cirque, de la danse dans le récit et l’illustration… « La petite marionnette » de Gabrielle Vincent, « Coup de théâtre à l’école » de Jo Hoestland, « Le Noël de Maître Belloni » de Hubert Ben Kemoun, « Un amour de Colombine » de Elzbieta, « Bravo Zan Angelo » de Niki Daly, « Petit Grounch fait du théâtre » de Yak Rivais…Et pour les plus grands, bien sûr, Pierre Gripari, Jean, Tardieu ou Christian Grenier qui mêle théâtre et intrigue policière…Bien entendu, l’édition pour la jeunesse est riche de livres « pratiques » et pédagogiques qui mettent en jeu en quelques pages les grandes étapes du jeu dramatique. Mais à chaque fois, l’ouvrage évoque le théâtre de façon « platonicienne »…On y parle d’un théâtre qui serait comme le vestige d’un rêve ancien et parfait de théâtre. Comme si quelque chose de sublime flottait dans les cintres. Et il est intéressant de pointer qu’aucun album jusqu’à aujourd’hui ( à ma connaissance) n’évoque un autre genre ou style de théâtre que le théâtre aristotélicien. Point de référence au jeu brechtien ou autre. Il s’agit toujours de la même ligne de force : mimesis (imitation de la nature), progression dramatique jusqu’à la catharsis…
Ces albums, mais aussi les romans populaires des années soixante – comme ceux d’Enid Blyton – font la part belle à ces enfants qui organisent, sans le regard des adultes, des rapports, des relations, des sentiments, des dénouements qui appartiennent aux grands schémas et scénarios de la vie en commun et particulièrement à ceux produits par le Romantisme : le sentiment d’individualité, l’expérience du je dans le jeu, l’amour perturbé, la découverte du monde… Dans le fameux album Mais je suis un ours3, la révélation de son état de solitude et d’asservissement au monde des hommes apparaît à l’ours dans un cirque. Et c’est de là que cette expérience singulière du sentiment de la liberté à conquérir le pousse à rejoindre la nature, c’est-à-dire, en l’occurrence, sa culture véritable.
Le théâtre dans les albums est, à mon sens, une façon d’accorder les émotions des enfants à l’idée même de construction de sentiments. C’est une façon de les mettre face à un système de représentation et de jeu qui les introduit en quelque sorte dans le monde de la culture, de la civilisation. Et cette présence du théâtre dans les albums participe d’une logique de contamination culturelle des lecteurs, mais aussi probablement de double jeu de représentation : celui du théâtre qui détourne le réel dans l’espace de l’architecture de la page. Cette double représentation faite de l’alliance du théâtre et de la skênê graphique confirme que le livre est une des meilleures scènes pour accueillir le souci et le trouble du jeu, l’infinie théorie des personnages et la fable changeante du monde.

Daniel Simon

1 – Michel Leiris, L’Afrique fantôme, éditions Gallimard
2 – Aristote, La Poétique, éditions Les Belles Lettres
3 – Tashlin, Mais je suis un ours, L’école des Loisirs

mardi, janvier 02, 2007

Le souvenir d'un réel enfoui

Ecrire, c’est comme un exercice de méditation tourné vers soi et l’infini du monde.

Cette méditation a pour lieux et positions la langue, la mémoire et le corps. Et quand il s’agit d’évoquer la mémoire, toute la mémoire, celle des neurones et du corps, on aurait envie de dire toutes les mémoires, tant nous savons que nous sommes à chaque fois uniques et communs, séparés et réunis (notre ADN ne fait aucune distinction culturelle ou autre), ramassés dans la matière et tendus vers le mystère.

La laïcité de l’écriture, telle que nous la concevons, appartient autant au monde du relegere (relier) qu’à l’univers des solitudes assemblées. Cette laïcité, cette forme de résistance à des relents de romantisme mou, cette façon de séparer l’écriture de la théologie du mystère de l’inspiration, nous devons en prendre acte de la façon la plus aiguë dans l’écriture du récit de vie tant cette catégorie de texte devient l’enjeu d’une confusion entretenue par nombre d’auteurs, d’éditeurs et d’animateurs d’ateliers d’écriture.

La confusion est de faire entendre et de laisser croire que ces textes sont particulièrement beaux parce que émouvants, profonds, sincères...Il y a évidemment aussi spectacle de cette sincérité qui se prend pour de la vérité... et inversement. Que ce soit l’écriture qui fasse ressurgir l’effet de réel, l’authenticité, doit encore et encore être soulignée contre l’idée commune qu’écrire avec ses tripes garantirait une quelconque incarnation magistrale si ce n’est majestueuse.

Il suffisait de découvrir sur les chaînes de service public (annoncées ici comme un relent d’une relative garantie de « refroidissement » du débat…) comment les (mêmes) auteurs de la rentrée peuvent marteler (je pense à Christine Angot récemment) des évidences, des truismes qu’un jeune bachelier découvre en lisant le moindre ouvrage de qualité. « Le livre est le seul lieu ou on peut dire ce qui ne peut être dit ailleurs, dans les relations sociales… », voilà en substance ce que Christine Angot vient de découvrir et nous assène avec une moue de donneuse de leçon. Car, voyez-vous Madame Angot, nous le savons depuis si longtemps que le livre est un lieu unique et rare. Et s’il est aussi peu fréquenté par certains, c’est peut-être parce que ce lieu est un endroit parfait pour se perdre quand on n’a pas le plan, ou la carte d’entrée. Et nombre de lecteurs ou de lecteurs « potentiels » (comme on parle de « non-public » pour le théâtre) n’ignorent rien de ce pouvoir mystérieux qui réside en ces lieux de papier. Peut-être qu’ils ne veulent pas se perdre, peut-être qu’ils ne veulent pas savoir autrement, peut-être qu’ils n’en veulent pas de ces révélations nombrilistes qui se prennent pour des 1789 de la littérature. Peut-être… Et probablement qu’ils ne sont pas plus bêtes, plus cons en somme que vous ou moi. Mais ils n’en veulent pas de ces objets-totems que nous cherchons comme un Graal…

En fait, ils ne se trompent peut-être pas, les cons, ils savent peut-être, devant les simagrées de la plupart des émissions littéraires (renvois d’ascenseur, sourires forcés, politesse anesthésiante, regards inspirés, soupirs expirés…et sujets évaporés) que ça ne se joue pas là cette sacrée foire d’empoigne dont les littérateurs parlent avec la suave mélancolie des chasseurs repentis, ils savent probablement que la chose peut se dire autrement, dans le secret des vies simples, dans l’ombre de l’oralité, loin des livres. Ce qu’ils savent aussi c’est que si les livres manquent, la vie reste possible, et tout aussi improbablement heureuse qu’au cœur de la Bibliothèque d’Alexandrie.

S’ils savent cela, c’est parce que leur besoin d’histoires est « impossible à rassasier » (pour citer en hommage ce livre apparemment si léger et frêle, mais terrible pour son auteur, ses lecteurs et le temps)[1] et que les histoires, ça passe parfois par les livres, parfois.

Il ne s’agit évidemment en rien, surtout ici, de diminuer la passion, l’amour et la nécessité des livres et de la lecture mais de tenter de dire que personne n’est dupe, le marché médiatique des opérateurs culturels du livre sont de plus en plus clairs, le livre, objet de savoir et de découverte, de plaisir et de désir devient, avant toute chose, un signe et un lieu de la distinction. Comme une frontière invisible qui permet de repérer le « goût des autres »…Mais ce repérage ne se fonde plus sur des signes culturels (savoir, savoir-faire, savoir-être…), des comportements, des attitudes de lecteurs mais sur des savoirs médiatiques, des scandales contrôlés, des médisances populistes, des haines à l’emporte-pièce. La distinction n’est plus esthétique ou politique, elle devient sémantique (le langage des uns appartient plus à la tendance ou au look de tel ou tel média). La langue ne rassemble plus, elle sépare, éloigne, expatrie…

La frontière permet de sortir du débat et non d’entrer dans le sujet…Suffit de décrypter le « non-discours » médiatique à propos du livre pour comprendre à quel point l’enjeu est le désir, le consumérisme culturel, l’augmentation des quotas, la hausse des statistiques de lecteurs…Comme si l’objet était de gagner des lecteurs…encore et toujours. Ah, que ne dirait-on pas de cet ogre démocratique qui se réclame du Moloch du Nombre et de la Quantité…
Cela m’évoque le raisonnement d’un instituteur français qui rappelait récemment que l’école de la République n’était en rien le lieu où les citoyens allaient pour apprendre à lire, à écrire et à compter mais le véhicule national pour fabrique les citoyens de la République qui doivent savoir lire, écrire et compter pour défendre la République. A nous de savoir ce qui nous tient lieu de République…

L’écriture, c’est le moi qui se prolonge de toutes les façons…Nous avons fait le pari de défendre le Je à l’inverse du Moi. Nous constatons la méconnaissance de plus en plus féroce de la moindre trace ou même existence de ce que nous appelons le Contrat social. Et dans ce grand écart entre le Moi et le Commun, il nous apparaît que le Je peut prendre une place active, engagée dans la relation de soi aux autres. Ce écritures de l’intime, si elles sont foison aujourd’hui (c’est encore à prouver, disons que l’éclairage est plus puissant qu’il y a peu et a revalidé ce champ de l’écriture et de la littérature) n’en demeurent pas moins problématiques. Qui écrit n’est pas nécessairement lisible. Et qui est lisible n’est pas nécessairement…éclairant. Mais l’exercice de l’écriture, nous le vérifions chaque jour lors de rencontres, d’ateliers, de séminaires,…augmente de toutes les façons la lecture critique du monde des signes, développe le champ de la mémoire, rétrécit le sentiment d’unicité, démultiplie les moments de conscience d’appartenance à un ensemble de valeurs. Et fortifie par là même le sentiment d’enracinement dans un temps, un espace, une culture.

Dans le champ des ateliers d’écriture (si vaste et si complexe qu’il ne peut être résumé ici) nous connaissons le terme « d’écrivant » que beaucoup pratiquent, mais pourquoi ce terme tout en action et comme voué à l’inaboutissement ou à l’impossibilité d’atteindre le passé qui est le statut de tout texte ? Car bien entendu, un écrivant, c’est quelqu’un qui est en train d’écrire, qui est en route vers l’écriture, qui ne peut achever, qui est prisonnier de cet apprentissage que les ateliers tentent plus ou moins bien de cerner dans des mailles méthodologiques, relationnelles, promotionnelles et financières.

Et quand le texte est achevé ? Que devient l’écrivant ? Un écrivain ? Non, bien sûr, le statut d’écrivain ne dépend pas de ses textes uniquement mais bien entendu de la fonction et du rôle qu’il se donne, qu’il leur donne…Un auteur alors ? Le mot n’engage à rien. Il est fonctionnel, statutaire même. Les Sociétés d’auteurs, le savent, qui rassemblent numériquement les auteurs sans distinction de qualité, pourvu qu’ils se soient nommés et inscrits dans la Société…

Ces femmes, ces hommes qui écrivent tentent de faire apparaître quelque chose qui resterait enfoui sans l’écriture, sans le ravivement des mots, sans le fabuleux travail d’une mémoire qui hésite en permanences entre la vérité, le souci de la vérité, la croyance en la vérité, l’illusion de la vérité et la déception de la vérité…

Celle, celui qui se met à vouloir arracher de la confusion de la mémoire des signes de réel, des morceaux d’expériences ravivées par l’écriture s’expose littéralement à dévier le cours de la croyance dans le réel.

L’auteur est alors dans cet entre-deux qui consiste à écrire au nom du réel ce qui nous apparaît aujourd’hui comme une des versions possibles du réel.
Cet événement, cette aventure de l’esprit et des sentiments passe par l’émotion de la découverte, de la révélation de ce qui était sensible mais pas encore passé à la lumière de la reconnaissance.

C’est l’écriture qui pousse l’audace jusqu’à opérer un montage d’expériences, lentement endormies dans la mémoire, pour en faire une continuité, un récit, un récit de vie…
Et écrire un récit de vie suppose que l’on accepte, parfois, malgré tous les efforts du monde, de se passer de la vérité au nom de la reconstitution du réel.

Cette transaction n’est pas exceptionnelle, elle est la règle, elle permet la continuité de la reconstitution d’un monde qui n’a jamais existé que dans notre souci de le faire exister pour que nous nous en souvenions comme d’une expérience authentique et non rêvée.

Cette relation à la mémoire est évidemment subtile mais elle passe aussi par des lieux simples et évidents : fera sens ce qui a un sens (quel qu’il soit, encore faut-il le reconnaître), fera expérience ce qui a été nommé (c’est-à-dire reconnu et inscrit dans la mémoire, la conscience du récit intime des événements enchaînés dans l’expérience du corps, de l’espace et du temps).
Cette chaîne de témoignages (ces expériences rapportées par les autres et que nous prenons comme les nôtres), d’événements intimes, de confrontations à l’histoire des autres, de lien aux autres par l’écoute de ce qu’ils racontent d’eux-mêmes prend lentement place en nous comme étant la trace de notre récit, amalgamant des morceaux de vie d’origines diverses.

Ces morceaux de vie sont reliés par la parole du narrateur, construits par ce que nous appellerons l’esthétique des sentiments, projetés dans la grande oreille du monde par la lecture ou la publication (aussi modeste soit-elle).
Ce travail passe nécessairement par un acharnement à ouvrir les lieux communs dans lesquels nous sommes presque toujours enfermés. C’est la suite de ces opérations qui n’ont de valeur stricte que dans le sens du lien de soi à soi et de soi aux autres qui fait la matière première de l’écriture du récit de vie…

Ecrire, c’est poursuivre un souvenir qui n’existe que dans le sens où il annonce, masque parfois, une expérience plus secrète, plus flottante, plus indéterminée et qui remontera enfin à la surface grâce aux leurres qui le désignaient et qu’il s’agit alors déteindre pour mettre à jour ce qui dormait à l’ombre…

(paru dans la Revue Je n°2)
Juin 2006
[1] Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Stig Dagerman, éditions Actes Sud, 1990

mardi, août 22, 2006

La théâtrotèque

http://www.ced-wb.org/theatrotheque.htm
La Théâtrotèque
Les auteurs nous confient leurs pièces éditées et leurs manuscrits. Le CED-WB peut notamment relayer ces manuscrits auprès des personnes concernées (metteurs en scène, responsables culturels, professeurs...) et les transmettre à la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges (qui possède un "pôle de littérature francophone" associé à la Bibliothèque Nationale de France) pour leur assurer une diffusion internationale.
Pour consulter ces textes, il suffit de prendre rendez-vous au 064/237.840.
Sont consultables (au 20 décembre 2001) les pièces des auteurs affichées à la droite de cette page.
CENTRE DES ECRITURES DRAMATIQUES WALLONIE-BRUXELLES (CED-WB)
19, place de La Hestre
B-7170 ManageTél. (32) 64 23 78 40Fax (32) 64 23 78 49
ced.wb@freeworld.behttp://www.ced-wb.org/
§ Sommaire Texte intégral
§ Bibliographie
§ Exercices
§
Méthodes et problèmes
Le mode dramatique
Éric Eigenmann, © 2003Dpt de Français moderne – Université de Genève
Sommaire
I. Texte et théâtralité
1. Qu'est-ce que le théâtre?
1. Art du spectacle et genre littéraire
2. Théâtralité
3. Espace architectural et réseau métaphorique
2. Qu'est-ce qu'un texte de théâtre?
1. Critères extrinsèques et intrinsèques
2. Dramatique vs. théâtral
3. Structure énonciative du texte dramatique
1. Enoncé et situation d'énonciation
2. Enjeux sémantiques
4. Répliques et didascalies
1. Didascalies diégétiques et techniques
2. Extension de la voix didascalique
3. Le présentateur
4. Didascalies internes
5. La double énonciation dramatique
II. Economie de la parole
1. Répartition
2. Adresse
1. Monologue et soliloque
2. Aparté et adresse au public
3. Rythme
1. Tirade et stichomythie
2. Tempo
4. Mode d'échange
1. Interlocution
2. Réplique flottante, faux dialogue et choralité
III. Dialogue dramatique et conversation
1. Montage des voix
2. La parole comme acte
1. Approche pragmatique
2. Approche communicationnelle
3. La parole comme coopération
1. Principes conversationnels
2. Transgression des principes conversationnels
4. Tropes communicationnels
1. Le récepteur extradiégétique
2. Le récepteur intradiégétique
5. Dénégation et interprétation
§ Bibliographie
I. Texte et théâtralité
Bérénice de Racine, Le jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, Lorenzaccio de Musset, En attendant Godot de Beckett... Largement constituée de ce que l'on appelle des textes ou des pièces de théâtre, la littérature – française en l'occurrence – entretient avec le théâtre des rapports complexes, source d'une problématique originale. Les études littéraires s'y arrêtent d'autant plus volontiers depuis la fin du XXe siècle qu'elles s'intéressent davantage aux relations de la littérature avec les autres arts, et à la part déterminante pour la signification du texte que prennent les conditions dans lesquelles il se donne à lire ou à entendre. L'essor des études théâtrales à cette époque tient d'ailleurs de cette ouverture.
Le présent cours s'intéresse à la poétique du texte dramatique en limitant le champ d'observation à la textualité, voire à la texture de celui-ci: de quoi cette oeuvre verbale singulière est-elle faite? Le recours à des outils linguistiques n'étonnera donc pas. Sous divers aspects, la question de l'énonciation traverse les trois chapitres. Dans les grandes lignes, le premier définit le texte dramatique, le deuxième dégage quelques modes de relation entre les voix qui le composent et le troisième éclaire la spécificité du dialogue de théâtre.
I.1. Qu'est-ce que le théâtre?
I.1.1. Art du spectacle et genre littéraire
Les rapports entre texte et théâtre dépendent évidemment des acceptions du mot théâtre, multiples, dont on retiendra les cinq suivantes:
Le théâtre (1) désigne un art du spectacle, art combinatoire impliquant diverses techniques d'expression corporelles et vocales, mais aussi plus largement visuelles et auditives, qui élabore une forme de représentation dans l'espace pouvant procéder d'un texte de théâtre (au sens 2) ou donner lieu à son écriture; c'est plus globalement l'événement socio-culturel qui réunit pour l'occasion, en un même espace et au même moment, les acteurs et les spectateurs de cette représentation.
Le théâtre (2), c'est aussi un genre littéraire qualifié de dramatique, qui forme avec l'épique et le lyrique (le récit et la poésie) la fameuse triade romantique des genres, elle-même issue de l'alternative poétique (narratif / dramatique) décrite par Platon et Aristote. Lui appartiennent des textes ou écrits littéraires dotés de certaines caractéristiques liées à la représentation théâtrale, qui les font en général reconnaître d'un coup d'oeil (voirinfra, 1.4) et opèrent un classement dans l'oeuvre d'un auteur: le théâtre de Victor Hugo par opposition à ses romans et à sa poésie.
Cette première ambivalence appelle la remarque suivante, formulée par Jerzy Grotowski: En France, les pièces publiées en livres sont désignées sous le titre de Théâtre – une erreur à mon sens, parce que ce n'est pas du théâtre, mais de la littérature dramatique (Grotowski, 1969, p. 53-54). L'anglais dispose en revanche de deux termes,theatre etdrama. Si le français confère au mot drame des sens qui excluent de suivre la langue de Shakespeare (dont celui retenu dans [L'oeuvre dramatique]), il est néanmoins possible de s'en inspirer pour les adjectifs en réservant dramatique au texte et théâtral à la scène, conformément d'ailleurs à l'usage qu'Aristote fait du premier et à l'étymologie grecque du second, rappelée plus bas.
I.1.2. Théâtralité
Le théâtre (3), c'est encore et peut-être surtout la qualité particulière que l'on reconnaît à la représentation ou au texte en question (théâtre 1 et 2) lorsqu'ils sont réussis, efficaces: ça, c'est du théâtre! Roland Barthes parle en ce sens dès 1954 de théâtralité, concept forgé à partir de l'adjectif théâtral – parallèllement à littéraire/littérarité – pour désigner la propriété du phénomène. Il la situe dans l'épaisseur de signes qui caractérise la représentation scénique:
Qu'est-ce que le théâtre? Une espèce de machine cybernétique [une machine à émettre des messages, à communiquer]. Au repos, cette machine est cachée derrière un rideau. Mais dès qu'un la découvre, elle se met à envoyer à votre adresse un certain nombre de messages. Ces messages ont ceci de particulier, qu'ils sont simultanés et cependant de rythme différent; en tel point du spectacle, vous recevez en même temps 6 ou 7 informations (venues du décor, du costume, de l'éclairage, de la place des acteurs, de leurs gestes, de leur mimique, de leur parole), mais certaines de ces informations tiennent (c'est le cas du décor) pendant que d'autres tournent (la parole, les gestes); on a donc affaire à une véritable polyphonie informationnelle, et c'est cela la théâtralité: une épaisseur de signes.
(Littérature et signification, Essais critiques, Seuil/Points, 1981 (1963), p. 258)
La fonction signifiante démarque d'abord le théâtral, schématiquement, du tout spectaculaire (un feu d'artifice): en tant que système de signes, le théâtre renvoie à un univers absent, fictif. Suggérant des couches irréductibles entre elles, la notion d'épaisseur démarque ensuite le théâtral du tout textuel: la signification ne saurait se limiter à celle(s) du message linguistique, qu'il soit le seul ou que les autres coïncident avec lui (par hypothèse: une simple récitation ou une image scénique parfaitement redondante). Une formulation antérieure de Barthes peut même sembler dénier au texte sa part de théâtralité (c'était à peu près la position d'Antonin Artaud):
Qu'est-ce que la théâtralité? C'est le théâtre moins le texte, c'est une épaisseur de signes et de sensations qui s'édifie sur la scène [...]
(Le théâtre de Baudelaire, Essais critiques, Seuil/Points, 1981 (1954), p. 41)
Or il s'agit bien pour Barthes d'une soustraction (le théâtre moins le texte), qui au sens mathématique aboutit non pas à une suppression mais à une différence, dynamique, entre la représentation scénique et le texte dramatique en l'occurrence – opération réversible en addition: la scène ajoute au texte pour construire la théâtralité de la représentation. La pièce que composent les personnages d'Abel et Bela de Robert Pinget l'illustre: si ce n'est pas du théâtre, comme ils le reconnaissent eux-mêmes, c'est moins à cause de la platitude des répliques que parce qu'elles collent trop bien à leur contexte, sans surprise ni dialectique.
I.1.3. Espace architectural et réseau métaphorique
Le théâtre (4) s'applique en outre à un espace architectural. A l'origine, letheatron grec est exclusivement le lieu, flanc de colline ou gradins, d'où l'on assiste à un spectacle. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ce sera au contraire l'espace offert aux regards, la scène, et par extension tout le bâtiment dès que seront construites des salles de théâtre. Cette acception met l'accent sur la relation visuelle, spectatorielle, qu'instaure l'art théâtral entre un regardant et un regardé.
Le théâtre (5) couvre enfin un vaste réseau métaphorique, qui retient du sens propre les aspects spectaculaires, architecturaux et/ou fictionnels: théâtres d'exploits ou de violences, théâtres de montagnes, simulacres ou feintes considérées comme du théâtre ou de la comédie.
I.2. Qu'est-ce qu'un texte de théâtre?
I.2.1. Critères extrinsèques et intrinsèques
Cette polysémie rappelée, quels traits communs partagent donc les pièces de Racine, de Marivaux, de Musset, de Beckett et de tous les autres? Les définitions qui précèdent fournissent surtout des critères extrinsèques, telle la destination scénique du texte, qu'elle ait été prévue par son auteur ou rendue effective par sa mise en scène. Non seulement ces critères ne rendent pas compte d'une specificité textuelle, mais ils présentent le double défaut d'être à la fois potentiellement contradictoires et provisoires, car des textes qui n'ont pas été écrits pour le théâtre sont portés à la scène avec succès, parfois longtemps après leur parution (la pièce Les Brigands de Schiller, sous-titrée Lesedrama soit drame à lire, le roman Les Cloches de Bâle d'Aragon); tandis qu'à l'inverse, des textes composés pour des comédiens (notamment au XVIIe et au XXe siècles) attendent toujours d'être joués.
Et le texte lui-même, indépendamment de son contexte? Certes, il se prête apparemment mieux au théâtre dans la mesure où des personnages y dialoguent dans un milieu concret, visuellement et auditivement perceptible; de tels éléments seraient autant de matrices de théâtralité (Ubersfeld). Dans cette perspective, toujours selon Barthes,
la théâtralité doit être présente dès le premier germe écrit d'une oeuvre, elle est une donnée de création, non de réalisation. [...] le texte écrit est d'avance emporté par l'extériorité des corps, des objets, des situations; la parole fuse aussitôt en substances.
Ibidem, p. 42
Toutefois l'évolution de la mise en scène au XXe siècle, révélant la dimension normative, voire idéologique de la plupart des critères intrinsèques avancés par les théoriciens antérieurs, a démontré qu'on pouvait faire théâtre de tout (Antoine Vitez), quitte à ce que seul le comédien supplée l'éventuelle pauvreté sensorielle de l'univers évoqué.
I.2.2. Dramatique vs. théâtral
Mieux vaudrait donc parler de texte dramatique et réserver l'adjectif théâtral à la scène proprement dite, conformément à l'étymologie du mot théâtre, issu de la famille du verbe voir, être spectateur, en grec ancien: letheatron est le lieu où l'on assiste à un spectacle, jamais le genre de textes qui y sont représentés [I. 1].
Cela ne signifie pas que tout texte est dramatique, mais qu'il peut le devenir. Le travail – minimal! – nécessaire pour adapter un texte narratif en vue de la scène consiste non pas à le modifier sur le plan lexical ou syntaxique, pour le rapprocher par exemple du langage parlé, mais à le mettre dans la bouche d'un ou de plusieurs personnages, ou du moins à en faire l'expression d'une ou de plusieurs voix clairement distinctes de celle de l'écrivain. La spécificité du texte de théâtre réside en définitive dans la relativisation du discours qu'opèrent ces données circonstancielles, cette mise en situation. C'est précisément de leur incidence que dépend ce que nous avons défini comme théâtralité.
I.3. Structure énonciative du texte dramatique
I.3.1. Enoncé et situation d'énonciation
Platon relèvait déjà, dans La République, que dans la tragédie et la comédie le poète cherche à nous faire croire que c'est un autre que lui qui parle. D'Aubignac au XVIIe siècle en fait une règle: Dans le poème dramatique il faut que le poète s'explique par la bouche des acteurs; il n'y peut employer d'autres moyens. L'énoncé y est en effet donné à lire assorti d'une précision déterminante, le fait d'être attribué à un sujet parlant explicitement différent de l'auteur ou d'une voix susceptible d'être confondue avec la sienne, désigné en général par un nom (Agamemnon, Tartuffe, Le Soldat, H3, etc.). Plus ou moins étoffée, une information est donc livrée sur la situation dans laquelle s'énonce le discours selon la fiction proposée, sur sa situation d'énonciation. Même ténue, elle marque par rapport à lui une distance, fût-elle minime, une médiation – par opposition au discours immédiat qui semble adressé directement au lecteur par la voix narrative: Longtemps je me suis couché de bonne heure, phrase initiale de la Recherche du temps perdu de Proust, si elle esquisse les traits de qui est en mesure de l'assumer, ne dit strictement rien de la situation dans laquelle elle est émise.
I.3.2. Enjeux sémantiques
Or, la linguistique moderne l'a montré, la signification d'un énoncé est déterminée non seulement par sa composition lexicale et syntaxique mais par sa situation, ou ses conditions; en fonction d'elles, la parole accomplit une action, qui les fait évoluer [III.2]: il fait frais peut indiquer une température agréable ou désagréable, inciter ou non à monter le chauffage. Dans Fin de partie de Beckett, deux personnages s'expriment emprisonnés dans des poubelles: que signifie donc une parole qui sort d'un tel endroit, articulée de surcroît par des vieillards invalides que leur fils traite d'ordures?... La situation d'énonciation vaut ici autant sinon plus que l'énoncé lui-même. La représentation théâtrale, où la parole donnée en spectacle l'est nécessairement dans une situation spatio-temporelle particulière, ne cesse d'en jouer. Semblablement, le texte écrit met en scène les êtres qu'il fait parler – l'expression n'est pas que métaphorique.
I.4. Répliques et didascalies
Après titre et liste des personnages, le premier acte des Serments indiscrets de Marivaux commence ainsi:
SCÈNE PREMIÈRE. – LUCILE, UN LAQUAIS
LUCILE est assise à une table, et plie une lettre; un laquais est devant elle, à qui elle dit.– Qu'on aille dire à Lisette qu'elle vienne. (Le laquais part. Elle se lève.) Damis serait un étrange homme, si cette lettre ne rompt pas le projet qu'on fait de nous marier.
Lisette entre.
SCÈNE II. – LUCILE, LISETTE
LUCILE.– Ah! te voilà. Lisette, approche; je viens d'apprendre que Damis est arrivé hier de paris, qu'il est actuellement chez son père; et voici et voici une lettre qu'il faut que tu lui rendes, en vertu de laquelle j'espère que je ne l'épouserai point.
LISETTE. – Quoi! cette idée-là vous dure encore? Non, madame, je ne ferai point votre message; Damis est l'époux qu'on vous destine [...].
Deux niveaux énonciatifs se dégagent d'emblée, ne serait-ce que typographiquement, déterminant deux types de voix: d'une part les répliques, texte supposé être proféré sur scène, qui constituent ensemble le dialogue et pour chaque personnage ce qu'on appelle précisément son rôle; d'autre part les didascalies, texte qui introduit de quelque manière ces discours et les cite, soit tout ce qui ne serait pas proféré dans le cas d'une représentation conforme au texte écrit, de la liste des personnages au noir final en passant par le découpage des scènes. Quoiqu'elles puissent souvent passer pour négligeables, les didascalies, même laconiques, déterminent ou peuvent déterminer:
§ qui est présent, qui parle (Lucile), éventuellement qui se tait (le laquais), personnages qu'elles peuvent décrire; elle attribue l'énoncé aux personnages;
§ à qui la parole est adressée (le laquais) [II.2];
§ où se trouvent et se déplacent les personnages, dans quel lieu et dans quelle position par rapport aux autres ou aux objets (Lucile attablée près d'un laquais);
§ quand se passe la scène et à quel moment dans le cours de l'action se fait entendre telle phrase en particulier (Lucile parle de Damis lorsqu'elle est seule);
§ comment les personnages s'expriment, en accomplissant quel mouvement, dans quelle humeur, selon quel rythme, etc.;
§ pourquoi ils agissent de la sorte, quelle est leur motivation. C'est un scélérat qui parle, précise Molière au cours d'une réplique de Tartuffe (Tartuffe, IV. 5)!
Qui, à qui, où, quand, comment, pourquoi: répondant de façon très variable à toutes ces questions ou à quelques-unes d'entre elles seulement, les didascalies précisent la situation de communication, déterminent une pragmatique, c'est-à-dire les conditions concrètes de l'usage de la parole, indispensables et décisives pour l'interprétation.
Dans les toutes dernières lignes d'En attendant Godot de Beckett, Vladimir dit à Estragon Alors, on y va?, Estragon répond Allons-y. Leurs répliques suggèrent qu'ils vont renoncer à leur fameuse attente et quitter le lieu qu'ils ont occupé pendant toute la pièce, que leur situation va enfin connaître une véritable évolution. Mais la didascalie qui suit ajoute: Ils ne bougent pas. Et toute l'interprétation de basculer: on comprend alors que l'action demeure sur le plan du discours, que rien ne va changer.
I.4.1. Didascalies diégétiques et techniques
On remarque en outre dans cet exemple qu' Ils ne bougent pas peut être lu comme une description (des personnages) ou comme une prescription (à l'adresse des comédiens). De manière générale, les didascalies concernent en effet soit la situation fictive de l'histoire représentée, soit la situation réelle de la représentation scénique proprement dite: dans le premier cas, on les qualifie de diégétiques, dans le second, de techniques. Celles-ci, également nommées indications scéniques ou de régie, suivent au plus près l'étymologie de didascalies – des instructions.
I.4.2. Extension de la voix didascalique
Jamais sans doute la voix didascalique ne se fait plus discrète que dans la pièce de Bernard-Marie-Koltès La Nuit juste avant les forêts. Aucun espace n'est désigné, ni aucun personnage annoncé: le texte a tout d'un long monologue intérieur. Mais, détail essentiel, il est flanqué de guillemets, qui s'ouvrent avant le premier mot pour se fermer après le dernier. Guillemets qui signifient que le texte cite quelqu'un, un personnage qui parle. Il s'agit donc toujours énonciativement parlant de discours direct, signalé par la présence, discrète mais indéniable, d'une marque attributive.
Historiquement, c'est pourtant l'évolution inverse qui s'est produite: au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire du théâtre, on note plutôt, schématiquement, une amplification, une extension de la didascalie par rapport au dialogue. A l'inverse de l'effacement observé chez Koltès, la didascalie peut en effet s'enfler considérablement, et briguer tout de même le statut de voix narrative. Le phénomène commence avec les comédies mixtes de la période baroque, se poursuit sous la plume des dramaturges du XVIIIe (avant Beaumarchais, celle de Diderot, adepte de la pantomime, introduit de la sorte dans les pièces de véritables tableaux vivants), il s'amplifie ensuite avec le mélodrame romantique, pour donner lieu à des indications tatillonnes chez Feydeau et aboutir dans le théâtre contemporain à Acte sans paroles (I et II, 1956 et 1959) de Beckett, longue didascalie décrivant les faits et gestes d'un personnage muet. Didascalie comparable, de soixante-dix pages, dans la littérature dramatique allemande: L'Heure où nous ne savions rien l'un de l'autre de Peter Handke.
I.4.3. Le présentateur
Dans la mesure où la didascalie est un énoncé narratif, le sujet de son énonciation peut être considéré comme un narrateur. Reprenons notre exemple: Lucile est assise à une table, et plie une lettre. Un laquais est devant elle [...]. Le laquais part. Elle se lève. On remarque l'absence de marques de subjectivité (de mots déictiques ou modalisants). En ce qui concerne les catégories de la narratologie genettienne, un tel narrateur peut être qualifié d’extradiégétique et d’hétérodiégétique [La voix narrative, V.3]. Objectif et limité au périmètre visible de la scène, son discours procède d’une focalisation externe [La perspective narrative] et d’une narration simultanée, sans recul temporel. Il est en ce sens comparable à une sorte de reportage en direct.
Il s’agit là de traits généraux, non de règles exclusives. D’autres cas existent : dans Berlin ton danseur est la mort d'Enzo Cormann par exemple (Paris, Edilig, 1983), une partie de la didascalie présente une narration homodiégétique et ultérieure: Il y avait cette cave que Nelle, ma compagne, Elis ma fille, et moi-même occupâmes de mars 1944 à la fin de 1946. Il arrive aussi que la didascalie, provisoirement non focalisée, couvre un domaine différent, tel que l'intériorité des personnages.
Cependant, le terme unique de narrateur convient d’autant plus mal que la didascalie désigne et raconte moins. Chez Racine ou Molière par exemple, qui pouvaient au besoin préciser directement leurs intentions aux interprètes de leurs pièces, elle se limite à de très rares exceptions près à l'attribution des énoncés à tel ou tel personnage. On parle parfois de scripteur (Ubersfeld) ou de montreur (Viswanathan) ; nous proposons d’appeler présentateur cette instance énonciative, qui présente les intervenants et présentifie leur discours.
I.4.4. Didascalies internes
Les didascalies ne sont toutefois pas seules à fournir des éléments pour établir la situation d'énonciation, les répliques ne cessent d'en suggérer chaque fois qu'un personnage se réfère à son environnement ou aux êtres qui l'habitent. Prends un siège, Cinna (Corneille, Cinna), Voilà un homme qui me regarde (Molière, George Dandin)... Par opposition aux didascalies externes au dialogue qui viennent d'être décrites, il est parfois question alors de didascalies internes. Pourtant, celles-ci demeurent fondamentalement irréductibles à celles-là étant donné leur subjectivité, qui autorise les paroles trompeuses, intentionnelles ou non. Il s'agit plus précisément d'implicites et de présupposés du discours, auxquels le lecteur choisit de conférer une valeur objective. Pour preuve de leur hétérogénéité, d'éventuelles contradictions:
Le Vieux.– Bois ton thé, Sémiramis. Il n'y a pas de thé, évidemment.
Ionesco, Les Chaises
A vrai dire, dans la mesure où il peut être interprété de manière à dégager des indications au sujet de la mise en scène, tout discours est potentiellement didascalie interne . Aussi l'expression s'en trouve-t-elle largement disqualifiée.
I.5. La double énonciation dramatique
En résumé, le texte dramatique se distingue par sa double énonciation, à savoir les deux énonciations que nous venons de relever, l'une enchâssée dans l'autre. Dans une pièce de théâtre, ce n'est pas en dernière instance le personnage qui s'exprime: de même que tout ce qu'énonce un personnage, son je ne lui appartient pas, ce n'est jamais que l'énoncé qu'un présentateur [I.4.3] attribue ou prête au personnage, personnage dont le montreur – pour continuer selon la même métaphore – emprunte la voix pour émettre une parole.
Cette structure énonciative se trouve certes aussi dans les dialogues de roman. Des passages de Jacques le Fataliste de Diderot se présentent même exactement comme des dialogues de théâtre, y compris sur le plan typographique. C'est tout simplement que le roman lui aussi peut contenir du discours dramatique (rapporté). Aristote le dit: l'écriture théâtrale crée des personnages susceptibles d'être incarnés par tel ou tel [acteur], mais déjà donnés par la structure même du texte comme personnages dramatiques (R. Dupont-Roc et J. Lallot in Aristote, La Poétique, notes). L'adjectif dramatikos dont il use renvoie ainsi, par delà le jeu dramatique, à la caractéristique qui en fonde la possibilité – au mode d'énonciation qui distribue le je entre les personnages, mode présent dans l'épopée lorsqu'elle cite la parole d'un personnage (Ulysse qui raconte lui-même son histoire dans L'Odyssée par exemple). Cette extension du territoire du dramatique fait d'ailleurs partie de l'usage courant, dans la mesure où l'on parle de scène – Genette par exemple dans Figures III – pour désigner à l'intérieur d'un roman un passage dialogué dont le narrateur cède la parole aux personnages.
Ce qui se définit de cette manière comme dramatique, ce n'est donc pas un texte exemplaire d'un genre, mais du texte qui s'énonce selon l'enchâssement décrit, un mode d'énonciation du discours caractérisé par cette dualité.
II. Economie de la parole
II.1. Répartition
Etant donné que l'intervention de plusieurs locuteurs au théâtre est non seulement possible mais attendue, ce geste d'attribution implique également une distribution du discours, qu'on qualifie comme tel de dialogué. Selon l'étymologie, le dialogue (terme potentiellement trompeur [II.4 et III]) fait alterner deux voix, opposition fondatrice du théâtre antique: entre choeur et coryphée d'une part, choeur et protagoniste d'autre part; à l'échelle de la scène, il domine jusqu'à la fin du XVIIe siècle, avant de s'affirmer de nouveau dans la seconde moitié du XXe. Le dialogue peut toutefois reposer sur une distribution moins équilibrée, provisoirement ou non, jusqu'à ne faire entendre qu'une seule voix: le monologue et le soliloque, aux frontières confuses [II.2.1] sont ces cas limite. Il peut au contraire réunir trois voix ou plus, à moins qu'on ne préfère parler alors de trilogue ou de polylogue. Dès les tragédies d'Eschyle, deux personnages sont en effet capables, dans la configuration la plus complexe, de s'entretenir aussi bien entre eux qu'avec le choeur et le coryphée. Cette répartition de la parole proférée ne préjuge en riende l'échange verbal ménagé, ou non, par les différentes interventions [II.4].
Si l'on considère en outre le lecteur/spectateur, destinataire ultime de toute réplique, comme un interlocuteur potentiel, le monologue apparaîtra dialogue, le dialogue, trilogue et le trilogue, polylogue...
II.2. Adresse
Le texte dramatique s'adresse globalement et en dernière instance au lecteur/spectateur, cela va de soi. Mais à l'intérieur de la fiction représentée? La didascalie indique en général qui prend la parole mais beaucoup plus rarement à qui il s'adresse, de sorte que le discours dramatique se caractérise aussi par la quête de son destinataire, celui-ci étant à la fois indispensable à l'interprétation et toujours susceptible de se dérober, de changer et surtout de se multiplier. Or de la représentation d'un interlocuteur dans l'énoncé ou de son absence résultent plusieurs types de discours. Cinq possibilités se dégagent: que le personnage s'adresse à un interlocuteur présent (c'est le cas du discours dialogué, dont les nombreuses formes ne peuvent être présentées ici); qu'il s'adresse à un interlocuteur absent, à lui-même, au lecteur/spectateur ou qu'il ne s'adresse à personne, apparemment du moins.
II.2.1. Monologue et soliloque
Mieux que par la présence physique d'un second personnage, c'est par celle que manifeste ou représente l'énoncé lui-même qu'on distingue le plus clairement le monologue et le soliloque, dont les dictionnnaires et manuels spécialisés donnent des définitions contradictoires. On conviendra – dans le sillage de Jacques Schérer (1983) et d'Anne-Françoise Benhamou (Corvin, 1995) – que le monologue désigne le discours tenu par un personnage seul ou qui s'exprime comme tel, s'adressant à lui-même ou à un absent, lequel peut être une personne (divine ou humaine, voire animale) ou une personnification (un sentiment, une vertu: mon coeur, mon devoir, éventuellement une chose). Tout monologue est ainsi plus ou moins dialogué, car l'on parle toujours à quelqu'un, ne serait-ce qu' à soi-même.
On suivra Anne Ubersfeld, en revanche, pour limiter le soliloque à un discours abolissant tout destinataire et douter par conséquent qu'il n'existe jamais de vrai soliloque au théâtre (1996, p. 22). Certains monologues s'en approchent cependant depuis la seconde moitié du XXe siècle, telle la logorrhée de Lucky dans En attendant Godot de Samuel Beckett.
Monologues et soliloques remplissent de manière privilégiée une fonction épique, dans les scènes d'exposition notamment, une fonction délibératrice, lorsqu'ils oeuvrent par exemple à la formulation et à la résolution d'un dilemme, et une fonction lyrique (parfois invocatoire), qui les apparente à un monologue intérieur extériorisé (Larthomas, 1980, p. 372).
Notons, afin de ne pas confondre monologue et tirade [II.3.1], que la longueur ne constitue pas pour le premier un critère pertinent. Aussi prolixe qu'il puisse être devant un confident quasi muet, un héros classique continue d'entretenir avec lui un dialogue (voir faux dialogue [II.4.2]). Et à l'inverse, même relativement brèves, certaines interventions de héros romantiques, si l'on peut qualifier ainsi les personnages de Musset par exemple, doivent être classées comme monologues.
II.2.2. Aparté et adresse au public
L'adresse délimite également l'aparté, sorte de monologue bref dans lequel le locuteur se retire provisoirement du dialogue pour introduire une réflexion à part, pour lui-même, perceptible cependant par un ou plusieurs tiers: un autre personnage parfois, le lecteur/spectateur toujours. Si l'aparté reste en principe le plus bref possible, afin de ne pas interrompre l'échange en cours, rien n'empêche pourtant de le prolonger: Jean Tardieu le fait dans Oswald et Zénaïde ou Les Apartés, pièce qui inverse les proportions habituelles au point de réduire la communication directe entre les personnages à quelques mots.
D'un public témoin à un public pris à témoin, voire élevé au rang d'interlocuteur principal comme dans les prologues et épilogues ou dans lessongs brechtiens, il n'y a qu'un pas: on peut qualifier de faux apartés les adresses au public, qui comme leur nom l'indique privilégient ouvertement la communication extradiégétique et les effets qui lui sont liés. Quoique le lecteur/spectateur ainsi interpellé appartienne à la fiction comme le narrataire d'un récit romanesque, une telle adresse joue par métalepse [La voix narrative, VII.1] de l'ambiguïté entre cette figure textuelle et le lecteur/spectateur. Ambiguïté d'autant plus forte à la représentation qu'elle en a une autre pour corollaire: où s'arrête le comédien, où commence le personnage? Prologues et épilogues, justement, thématisent parfois le passage de l'un à l'autre, dans les deux sens, tels des sas de décompression entre réalité et fiction.
II.3. Rythme
II.3.1. Tirade et stichomythie
La fréquence des répliques et les rapports quantitatifs qu'elles entretiennent contribuent à déterminer le rythme du dialogue, produit plus largement par tout effet de répétition (Larthomas, 2001, p. 309). Comme pour la vitesse du récit en narratologie, les accélérations et ralentissements sont aussi révélateurs, sinon plus, que le rythme lui-même.
La tirade désigne une réplique relativement longue qu'une unité thématique ou formelle, ainsi qu'une certaine contingence dans le déroulement de l'action distinguent du reste de la pièce – qu'on pense à la tirade des nez dans Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand. Elle suspend l'échange verbal. La stichomythie tend en revanche à le précipiter, en juxtaposant des répliques brèves de même longueur (au sens strict: hémistiche contre hémistiche ou vers contre vers), qui se livrent à un duel – ou duo – verbal.
II.3.2. Tempo
Un échange verbal plus serré pouvant appeler une exécution vocale plus rapide, la répartition du dialogue ne sera pas non plus sans incidence sur le tempo, soit la rapidité à laquelle une scène doit être jouée [ ou lue ] (ibidem, p. 72). Mais un tel devoir reste à la fois subjectif et variable, de sorte que le rapport relève largement de la suggestion.
Un exemple: Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès se signale par le rythme des tours de parole entre les deux personnages, régulier puis subissant une accélération croissante à mesure que leurs répliques diminuent de manière parallèle, passant de plusieurs pages à quelques mots. Si la mise en scène de la pièce choisit d'en tirer parti, elle pourra toujours jouer du débit vocal et des silences pour étirer néanmoins la représentation dans le temps [La mise en scène]. Il en va de même à la lecture, dont la vitesse ne saurait être prescrite.
II.4. Mode d'échange
II.4.1. Interlocution
Après s'être penché sur le découpage du texte en répliques, il importe de considérer leur enchaînement, auquel président les principes linguistiques du dialogue, à commencer par l'interlocution. Sur le plan de la communication intradiégétique (ou diégétique) l'échange peut être plus ou moins signifié, et les répliques mériter plus ou moins leur nom: tantôt elles se répondent, alternant par exemple première et deuxième personne, tantôt elles apparaissent moins intersubjectives, notamment lorsqu'il s'agit de récits ou de sentences, jusqu'à ne l'être plus du tout. Du côté du premier pôle, la dispute; du second pôle, le polylogue anarchique: on y entend les voix suspendues de parlants isolés, provoquant par exemple des effets de foule.
II.4.2. Réplique flottante, faux dialogue et choralité
Poursuivant la seconde tendance, repérable notamment chez Tchekhov, quelques auteurs de la seconde moitié du XXe siècle expérimentent la réplique flottante. Michel Vinaver en particulier juxtapose des fragments de conversations différentes, où les pronoms de la deuxième personne se révèlent en général un leurre puisqu'ils ne sauraient correspondre aux locuteurs voisins inscrits dans une autre situation d'énonciation. Dialogue de dialogues: le jeu dialectique connaît là un niveau supplémentaire.
Toutes les configurations intermédiaires sont envisageables, sinon réalisées. Mentionnons divers faux dialogues (dialogue déséquilibré avec un faire-valoir effacé, juxtaposition de répliques dépourvues d'échange dialectique, comme autant de monologues de sourds, etc.), et toutes les formes de choralité (duos, trios, quatuors aux voix convergentes et homogènes sur le plan thématique, syntaxique, stylistique...), où se fait entendre, plutôt que des individus, tantôt une collectivité tantôt la voix du poète, dont les intervenants semblent les simples relais:
LAETAMaintenant c'est la nuit encore !
FAUSTAMaintenant pour un peu de temps, encore...
LAETA... Que tardive et que menacée...
BEATAC'est la dernière nuit avant l'Eté!
Claudel, La Cantate à trois voix. Paris: Gallimard, 1931, pp.13-14.
III. Dialogue dramatique et conversation
Correspondant à un récit de paroles particulier de la narratologie genettienne, le discours rapporté, de type dramatique (Genette, 1972, p. 189-193), le dialogue de théâtre entretient avec son objet premier un rapport mimétique, que lui reprochait Platon: mots pour mots, échange verbal pour échange verbal. Rapport d'autant plus mimétique qu'aucun type de discours ne lui est impossible et qu'il emprunte volontiers à la réalité: scènes de tribunal, négociations, échanges mondains. Il ne saurait toutefois être confondu avec les usages ordinaires de la parole, pour plusieurs raisons. Certaines d'entre elles sont stylistiques, évidentes lorsque la forme, versifiée par exemple, apparaît manifestement littéraire. Dans le cas contraire, qu'on pense au théâtre du quotidien des années 1970-1980, l'authenticité des discours n'en consiste pas moins en un effet d'écriture. Rédaction paradoxale d'une parole qui se donne pour proférée, le dialogue de théâtre allie langage oral et langage écrit. Mais les raisons les plus fondamentales de sa spécificité sont structurelles.
III.1. Montage des voix
Retranscrirait-il tout de même une conversation réelle, le dispositif d'attribution des interventions qui le caractérise en changerait le statut. Car dans un texte dramatique, on l'a vu, ce ne sont pas des personnages qui parlent, mais un présentateur qui les fait parler, pas des personnages qui se partagent la parole, mais un présentateur qui leur distribue des énoncés – de manière à tisser un échange ou à ne pas le faire. A citer le discours des personnages, l'auteur les cite en quelque sorte à comparaître tour à tour devant le lecteur/spectateur, selon l'ordre et les modalités qu'il aura déterminés. Le texte dramatique consiste ainsi en un montage de voix, une polyphonie fabriquée.
Cette fabrication, il tend soit à en effacer les traces, ménageant entre les répliques une continuité – d'interlocution notamment – qui simule l'autonomie d'une conversation réelle, soit à la mettre en évidence comme telle, manifestant ipso facto l'intervention d'un monteur, en fonction des choix esthétiques qui président à la composition de l'oeuvre.
III.2. La parole comme acte
Prononcer ne serait-ce que quelques mots dans une situation donnée ne se limite pas à transmettre une information: c'est en soi accomplir une action, qui provoque un effet. Dans la vie, cela peut rester insignifiant ou inaperçu; dans une pièce de théâtre, non, puisque tout ou presque passe par la parole, dans le cadre déterminé de l'oeuvre offerte à l'attention du lecteur. C'est au fur et à mesure des interventions verbales que les positions et les relations des personnages se modifient, que l'action progresse, que l'univers diégétique évolue. Deux approches linguistiques permettent d'analyser le phénomène.
III.2.1. Approche pragmatique
On observe avec John L. Austin (1962) que l'énoncé en situation réalise un acte triple:
§ acte locutoire, il véhicule un contenu sémantique (à savoir, dans notre exemple marivaudien, la signification littérale que le lexique et la grammaire françaises confèrent à voici une lettre qu'il faut que tu lui rendes);
§ acte illocutoire, il institue un rapport conventionnnel avec l'interlocuteur (le rapport hiérarchique en l'occurrence, où l'on donne et reçoit des ordres);
§ acte perlocutoire, il a un impact, suscite des réactions, affectives ou physiques (Lisette va s'indigner, résister).
Ce point de vue gagne à être complété par une analyse du processus de communication.
III.2.2. Approche communicationnelle
Ce processus, Roman Jakobson (1963) le décompose en six éléments: le référent, le récepteur, l'émetteur, le référent, le canal, le code et le message. Six fonctions, non exclusives l'une de l'autre, leur sont attachées.
§ La fonction référentielle, à l'oeuvre dans les passages narratifs en particulier, est sans doute celle dont joue le plus la double adresse dramatique: la réplique informe non seulement le personnage à l'écoute, mais le lecteur/spectateur, qui reconstitue ainsi la situation: c'est à ce dernier qu'est utile Damis est l'époux qu'on vous destine, pas à Lucile qui ne ne le sait que trop bien. A le rappeller néanmoins, Lisette exploite conjointement une autre fonction du langage,
§ la fonction conative ou impressive, qui permet d'exercer une pression sur autrui, de l'inciter à l'action. Elle est orientée vers le destinataire, contrairement à
§ la fonction expressive ou émotive, qui se centre sur le personnage parlant.
§ La fonction phatique entretient le canal même de la communication, quitte à ce que le message se vide de substance: chez Beckett et Ionesco, les mots ne servent parfois guère qu'à maintenir un contact, un peu désespéré, entre des personnages incapables de véritables échanges.
§ La fonction métalinguistique porte sur le code utilisé, vérifiant qu'il est partagé par les interlocuteurs, tandis que
§ la fonction poétique privilégie la formulation de l'énoncé, son esthétique, en vue des effets à obtenir.
On comprend ainsi combien la parole des personnages contient l'action jusque dans ses moindres développements. Phèdre de Racine l'illustre bien: l'enjeu tragique y tient moins au sens de la parole qu'à son apparition, moins par exemple à l'amour de Phèdre pour Hippolyte qu'à l'aveu de cet amour. Après l'avoir entendu, Hippolyte suggère d'ailleurs qu'on peut en limiter les conséquences en se taisant. Si dire, c'est faire, dire ou ne pas dire, au théâtre, est souvent toute la question.
III.3. La parole comme coopération
III.3.1. Principes conversationnels
Cette ressemblance problématique avec les échanges verbaux de la réalité quotidienne s'étend tout naturellement aux lois tacites que tout interlocuteur apprend en principe à respecter pour se faire comprendre. H. Paul Grice (1974) a dégagé en la matière un principe de coopération (cooperative principle) qu'il décompose en quatre catégories (kantiennes); pour contribuer à l'efficacité de la communication, l'intervention verbale devrait ainsi être adéquate sur le plan de
§ la quantité: ne livrer ni plus ni moins d'information que nécessaire
§ la qualité: s'avérer véridique, ou du moins sincère
§ la relation: se montrer pertinente, faire preuve d'à-propos
§ la modalité: se développer le plus clairement possible.
A quoi s'ajoutent des règles de convenance, esthétiques, sociales et morales, étudiées notamment par Erwing Goffmann.
III.3.2. Transgression des principes conversationnels
Certes, ces principes sont toujours suivis de manières diverses. Ils le seront plus librement encore dans le dialogue dramatique en raison de son artificialité, puisqu'il est conçu pour être enchâssé dans la relation littéraire ou théâtrale, donnée à voir et à entendre à des tiers. Dispensée de répondre aux mêmes exigences d'efficacité, l'oeuvre programme au contraire des accidents de communication, de manière à amorcer, nouer et relancer l'action langagière propre au texte de théâtre.
Pour livrer au lecteur/spectateur les informations nécessaires à la compréhension, les personnages dérogent au principe de quantité, notamment dans les scènes d'exposition du répertoire classique: après quelques vers seulement, nous connaissons du lieu de l'action, de l'identité et des motivations des protagonistes bien plus que nous n'aurions appris à surprendre une conversation dans la réalité. A l'inverse, le quiproquo (en latin, l'un pris pour l'autre) tient à une information lacunaire, source de malentendu. J'aime quelqu'un [...]. Un pauvre garçon [...]: dans la bouche de Roxane, pronoms sans références explicites et termes génériques équivoques permettent à Cyrano de croire un moment qu'il est aimé (Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, II. 6). Le principe de qualité est évidemment violé par le mensonge, destiné en général à préserver un secret, mais l'usage de la parole offre bien d'autres occasions de dissimuler, volontairement ou non, et de se méprendre. Quant à la pertinence et à la clarté normalement requises, qu'il suffise d'observer comment le Théâtre de l'Absurde au XXe siècle, par exemple, les (mal)traite. Il en résulte, comme de la plupart des transgressions aux principes conversationnels, de nombreux effets comiques.
III.4. Tropes communicationnels
III.4.1. Le récepteur extradiégétique
Au quotidien, nombre de ces accidents de communication – pensons au mensonge – peuvent passer à leur tour inaperçus des personnes qui les subissent; seul un tiers bien informé pourrait les déceler. Au théâtre, non seulement ce tiers est présent, mais tout est orchestré à son intention: c'est le lecteur/spectateur. Extradiégétique, il a l'avantage sur la plupart des personnages d'assister à l'intégralité du dialogue et de bénéficier en outre en exclusivité d'éventuels apartés, adresses directes ou autres indices. Communication détournée ou trope communicationnel: il y a trope communicationnel, chaque fois que l'énoncé n'est pas fait pour le destinataire, chaque fois qu'à celui qu'affiche l'énoncé s'ajoute un récepteur additionnel (Kerbrat-Orecchioni, 1984, cité par Ubersfeld, 1996, p. 86). Le dialogue dramatique est ainsi entièrement biaisé par la double énonciation, ou plus précisément par ce destinataire second mais au fond primordial.
III.4.2. Le récepteur intradiégétique
Semblable relation triangulaire, y compris l'éventuel infléchissement avoué de l'adresse vers le tiers, peut se manifester dans l'action représentée (comme dans la vie d'ailleurs), sans que deux niveaux de réalité ne soient impliqués. Ainsi lorsqu'un personnage feint de s'adresser à un second alors qu'il vise en définitive un troisième. Ce récepteur additionnel-là, (intra)diégétique, peut se dresser au vu et au su de tout le monde comme le fait le plus souvent le choeur antique, ou rester caché d'un des interlocuteurs au moins, que ce soit dans un placard de vaudeville, derrière quelque pilier de tragédie (Néron dans Britannicus de Racine, II. 6) ou sous une table de comédie, comme l'Orgon de Molière que son épouse Elmire, forcée de céder à Tartuffe, tente de faire intervenir par un discours à double adresse, grâce à l'impersonnalité du pronom relatif: Tant pis pour qui me force à cette violence (Tartuffe, IV. 5, je souligne).
Cette configuration permet aussi, avec l'aide du récit et de la citation, de ménager un interlocuteur sous couvert d'un destinataire de paille. Chez Molière encore, Sganarelle s'en sert pour dire sa pensée à Dom Juan sans oser l'affronter, de même qu'Alceste, à un poète qu'il trouve mauvais:
Mais un jour, à quelqu'un dont je tairai le nom Je disais, en voyant des vers de sa façon, Qu'il faut qu'un galant homme ait toujours grand empire Sur les démangeaisons qui nous prennnent d'écrire [...].
Le Misanthrope, I. 2
C'est d'une certaine manière redoubler la relation entre scène et salle que de prendre indirectement à partie un tel personnage qui, d'occuper dans la fiction la position du spectateur, reflète celui-ci tout en manifestant la supériorité – ou mieux, le surplomb (Vinaver, 1993) – dont il jouit. Raison pour laquelle l'écriture dramatique a souvent usé de ce ressort très révélateur: en littérature comme à la scène, le théâtre est fondamentalement un jeu d'adresses.
III. 5. Dénégation et interprétation
On l'aura compris, le dialogue dramatique n'est pas un dialogue... Entendons par là que, bien qu'il y renvoie, il diffère fondamentalement de l'incessant entretien des paroles humaines. Parce qu'il est inscrit dans une relation qui le dépasse, qu'il est organisé comme un tout de manière à générer des effets particuliers, qu'il prend par rapport à la conversation ordinaire des distances d'ordres divers dont quelques-unes viennent d'être mises en évidence.
Grâce à un processus de dénégation [La représentation théâtrale], le spectateur de théâtre ne prend pas la scène pour la réalité et tire plaisir de l'acte de représentation; le texte dramatique, dont le dispositif déstabilise toute signification littérale de la réplique, déclenche chez son lecteur un processus homologue qui l'engage à redoubler d'interprétation. Appréhender une pièce comme une conversation enregistrée dans la rue ou dans un salon reviendrait à attribuer aux personnages une autonomie, une épaisseur, voire une psychologie individuelles qu'ils ne sauraient posséder en tant qu'êtres de fiction; mais l'appréhender comme l'expression d'un auteur (Athalie comme un poème de Racine) négligerait le geste de délégation de la parole précisément choisi par celui-ci. Par ailleurs, puisque le discours dramatique se distingue par l'enchâssement d'une ou de plusieurs voix dans une autre qui détermine leur situation (ne fût-ce que celle d'êtres parlants), la lecture doit non seulement établir le contexte utile à la compréhension mais s'interroger sur le rapport qu'entretiennent ces différentes voix. Puisqu'il n'y a pas de sujet historique ou psychologique derrière ce que dit un personnage, c'est l'acte accompli par sa parole qu'il importe de dégager. Et ainsi de suite.
Ce travail d'interprétation demande bien entendu à être mené à l'échelle du texte entier, qui ne consiste pas en la simple addition de ses parties. S'y ajoute entre autres une propriété supplémentaire du dialogue dramatique: possédant pour sa part un début et une fin, il est construit de manière à former une totalité (saisissable d'un regard, disait Aristote). Et il répond à une stratégie globale de représentation des événements qui constituent l'action. [L'oeuvre dramatique] Cette unité de composition, aussi complexe qu'elle puisse être parfois, déterminera la lecture.
Enfin et surtout, la lecture du texte dramatique ne saurait ignorer le théâtre proprement dit – art du spectacle – et son histoire, d'un point de vue à la fois technique, socio-politique et esthétique. Composé le plus souvent selon les exigences théâtrales du moment ou contre elles, le texte procède de la scène autant qu'il y est destiné. Ne serait-ce que par sa distribution vocale spécifique, il recèle en particulier une dimension spatio-temporelle concrète et perceptible sur le plan visuel comme sur le plan auditif, quoique selon des proportions variables; lire le théâtre, c'est projeter un théâtre mental. Analogue à celui-ci mais hétérogène, la réalité scénique enrichit la problématique dramatique de nouveaux paramètres. Elle offre à l'interprétation du texte plus qu'un simple prolongement: un laboratoire, une contre-épreuve dialectique – une expérience sensible de la textualité, avec ses ellipses et ses silences. La confrontation relève toutefois d'une acception moderne de la dramaturgie, mettant l'accent sur la représentation, qui fera l'objet d'un autre cours [La représentation théâtrale].
Bibliographie
§ Apostolides (1991). Vox clamantis: l'espace de l'interlocution, Poétique, 87, septembre 1991.
§ Aristote. La Poétique, trad. et notes de R. Dupont-Roc et J. Lallot. Paris: Seuil, 1980.
§ Barthes (1963). Littérature et signification et Le théâtre de Baudelaire, Essais critiques. Paris: Seuil/Points, 1981.
§ D'Aubignac, Abbé F. H. (1657). La Pratique du théâtre. Paris: Champion, 1927.
§ Austin, J. L. (1962). How to do things with words. Oxford: Clarendon Press; Quand dire c'est faire. Paris: Seuil, 1970.
§ Corvin, M. (1995). Dictionnaire encyclopédique du Théâtre, 2 vol.. Paris: Bordas, 1995.
§ Dort, B. (1986). L'Etat d'esprit dramaturgique, in Théâtre/Public, n°67 – « Dramaturgie », janv.-fév. 1986.
§ Genette, G. (1972). Figures III. Paris: Seuil.
§ Genette, G. (1983). Nouveau discours du récit. Paris: Seuil.
§ Grice, H. P. (1975). Logique et conversation, Communications, n°30 – « La Conversation ». Paris, Seuil, 1979, pp.57-72.
§ Grotowski, J. (1969). Vers un théâtre pauvre. Lausanne: L'Age d'Homme.
§ Helbo, A., JOHANSEN, J. D., PAVIS, P., UBERSFELD, A. (1987). Théâtre, Modes d'approche. Bruxelles: Labor (Méridien/Klincksieck).
§ Kebrat-Orecchioni, C. (1980). L'Enonciation. De la subjectivité dans le langage. Paris: Colin.
§ Jakobson, R. (1963). Essais de linguistique générale, II. Paris: Minuit.
§ Larthomas (1972). Le langage dramatique. Paris: PUF, 1980.
§ Pavis, P. (1996). Dictionnaire du théâtre, 3e éd.. Paris: Dunod.
§ Platon. La République, trad. Emile Chambry, in Oeuvres complètes, t. VI. Paris: Ed. Belles-Lettres, 1932.
§ Ryngaert, J.-P. (1991). Introduction à l'analyse du théâtre. Paris: Dunod.
§ Sarrazac, J.-P. (dir.) (2001). Etudes théâtrales,, n°22 – « Poétique du drame moderne et contemporain. Lexique d'une recherche », 2001.
§ Scherer, J. (1950). La Dramaturgie classique en France. Paris: Nizet, 1983.
§ Szondi, P. (1983). Théorie du drame moderne. Lausanne: L'Age d'homme.
§ Ubersfeld, A. (1977). Lire le théâtre I. Paris: Belin, 1996.
§ Ubersfeld, A. (1996). Lire le théâtre III. Paris: Belin.
§ Ubersfeld, A. (1980). Notes sur la dénégation théâtrale, La Relation théâtrale. Lille: PUL.
§ Vinaver, M. (1993). Ecritures dramatiques. Arles: Actes Sud.
Edition: Ambroise Barras, 2003-2004 //


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BELLONE EN CHANTIERVisite guidée
Au centre-ville à Bruxelles, près de la Bourse : la rue de Flandre. Entre la place Sainte-Catherine et la porte de Flandre, le n° 46. Nous n’arrêtons pas de l’annoncer depuis quelques mois : « Au n° 46 de la rue de Flandre s’ouvriront les portes d’un Café-Bellone. » C’est pourquoi, l’entrée et le couloir seront en chantier jusqu’au printemps 2005. Mais dès que les premiers bourgeons sortiront, la petite salle avec ses quatre/cinq tables regardera la rue en même temps que le foyer et la bibliothèque des arts de la scène. L’estaminet des arts et de la parole sera votre café de détente et d’échanges, votre espace pour débattre du mouvement des arts et du monde… Et pour ne rien perdre de l’état du monde et des arts, dans ce petit café, vous aurez à votre disposition des journaux, revues, magazines, annonces et autres livres… À consulter ou à lire calmement avec un thé ou une autre spécialité maison. Car si l’âme et l’esprit sont souvent à l’honneur dans la maison du spectacle, le corps n’y est jamais en reste : d’ailleurs une belle cuisine s’aménagera juste derrière le bar… Au-dessus du café, une autre salle sera ouverte à tous, et aussi aux conférences de presse, aux rencontres privées, aux débats à huis clos…
Le 46 rue de Flandre, une bellone EN CHANTIER, donc.
Jusqu’au printemps 2005 (calendrier précis à définir), gravats, échafaudages, échelles de corde et de métal, truelles et pinceaux, pots de peinture et trous dans les murs… risquent d’accueillir les amoureux de belles façades qui poussent la porte pour foncer, tête la première, dans le buste de la Bellone. Et la jolie déesse de la guerre incrustée dans la façade bâtie sur une parcelle de l’ancien couvent des Sœurs blanches de la Rose de Jéricho de 1697 à 1708 attire d’autant plus qu’on peut l’admirer, été comme hiver, dans une cour recouverte depuis 1995. Protégé des intempéries, on peut détailler le travail du sculpteur architecte, Jean Cosyn, à qui la Ville avait déjà confié, en 1699, la restauration de la Maison du Roi de la Grand-Place.
Gravats ou non (sauf pendant les quinze jours des gros travaux), tous les amateurs viendront visiter cette maison qui a vu se succéder nonnes, gymnastes, policiers, poupons et costumes de l’Ommegang, avant de devenir, en 1980, une maison, de l’entrée à la cour et de la cave au grenier, entièrement consacrée aux arts de la scène, pas un coin, pas un recoin qui n’abrite une association ou une activité liée aux arts de la scène…
Dans le couloir, au rez-de-chaussée…
L’accueilUn espace de référence pour se repérer dans un lieu qui abrite pas moins de neuf espaces consacrés au(x) spectacle(s). Pour connaître quelques éléments de l’histoire de la maison, pour vous introduire auprès de vos interlocuteurs ou pour vous faire patienter adressez-vous à l’accueil. Car c’est là aussi que vous trouverez toute une série d’annonces, et surtout, parmi une série de lectures mises en dépôt; nos publications maison : Le souffleur ; photo Balcon/Balkon ; photo scènes ; Regards croisés sur les arts du spectacle à Bruxelles ; photo bellone, alchimie d’une maison
La Bibliothèque des Arts du Spectacle de la Communauté françaiseLa bibliothèque s’ouvre à tous ceux qui souhaitent en savoir plus ou conforter leurs connaissances en matière de spectacle. Dans cet esprit, elle s’adresse tant aux professionnels, qu’ils soient enseignants ou artistes aguerris, qu’aux élèves ou amateurs avertis. À l’écoute des lecteurs, à la recherche de nouveautés, la bibliothèque suit au plus près l’actualité des arts du spectacle afin d’enrichir sa collection. La bibliothèque rassemble des ouvrages sur le théâtre, la musique, la danse, les marionnettes, le cirque, le folklore, le cinéma, la radio, la télévision et l’audiovisuel. Les recherches se font par auteurs, titres, sujets et, plus particulièrement pour les textes de théâtre, par nombre de personnages et genres dramatiques, par pays et par siècles pour les auteurs. La bibliothèque est accessible à tous gratuitement, le prêt est de quatre livres pour une durée de quatorze jours, avec la possibilité de prolonger par téléphone ou par email. Aux dernières nouvelles (avril 2004), 300 lecteurs avaient, chacun, trois à quatre livres en prêt.
Pour d’autres renseignementsTél./fax: +32 (0)2 513 81 02 bibliotheque.bellone@cfwb.be
Dans le couloir, au premier étage
La bibliothèque de la Fédération nationale des Compagnies dramatiques – FNCDLa FNCD regroupe près de 225 troupes de théâtre amateur. Elle a pour but d’aider ses membres en mettant à leur disposition différents services, dont la bibliothèque, qui offre un choix exceptionnel de textes de théâtre et d’ouvrages de fond (30 000). Du mardi après-midi au vendredi après-midi, la bibliothèque de prêt est gratuite pour ses membres et ouverte aux personnes résidant en Belgique. Un périodique d’information est édité chaque trimestre et le catalogue actualisé des pièces est à découvrir sur le site : www.fncd.org
Pour d’autres renseignementsTél./fax : +32 (0)2 502 81 83http://www.fncd.org%20/fncd@fncd.org
Dans la cour à gauche
Le Cid Cid ? Non, ce n’est pas une pièce de Corneille, même si quelque Rodrigue y traîne parfois le temps d’une recherche : le Cid est un médiateur culturel théâtral. Le Cid est l’interlocuteur privilégié de tous les passionnés et professionnels des arts du spectacle. Quelle que soit votre spécialité, le Cid vous apportera l’information, la documentation, les renseignements dont vous avez besoin. Car le Cid, mémoire de cet art éphémère qu’est le théâtre, gère par le biais d’un système informatique efficace tous types de support (articles de presse, revues, vidéo, programmes de théâtre, photos, CV…).
Pour d’autres renseignements jocelyne.philippekin@bellone.be
Avant d’arriver dans la cour, un ascenseur à gaucheAu premier et au second
L’association ContredansePar son centre de documentation et d’information, ses formations et événements, ses publications et son site, Contredanse, asbl créée en 1985, s’est donné pour mission de soutenir et stimuler la création chorégraphique et la pratique de la danse.
Le centre de documentation vous accueille les mardis, mercredis, vendredis, de 13h30 à 16h30 et le jeudi de 13h30 à 18h.
Pour d’autres renseignements Tél. :: +32 (0)2 502 03 27 – fax: +32 (0)2 513 87 39 http://www.contredanse.%20org/contredanse@contredanse.org
La salle de répétition Photo Quelque 15 mètres sur 7 de plancher – bientôt rénové lui aussi – Avec ses espaces de rangement, sono, projecteurs, sanitaires, douche et rideaux d’occultation, la salle de répétition de la maison du spectacle-la bellone est réservée à toutes les créations ou formations des professionnels des arts de la scène. À condition, bien entendu, de réserver, à temps, auprès de Valérie Sombryn qui en assure la gestion. De juin 2003 à décembre 2004, la salle a reçu Étienne Vanerbellen (comédien), Bernard Cogniaux (comédien), Adama Traoré (danse-théâtre), Berti Gonzalès, Simone Moesen, Groupe Zakustik (chants a cappella) et, enfin, Marianne Del Valle qui a mené son cinquième Atelier international intensif de Création et Composition en Danse.
Pour d’autres renseignements valerie.sombryn@bellone.be
Au second, juste à côté de la salle de répétition
Les Midis de la PoésieDepuis plus de cinquante ans, à l’auditorium du Musée d’Art ancien (3 rue de la Régence à 1000 Bruxelles), les Midis de la Poésie organisent des conférences et récitals littéraires qui réunissent de 250 à 650 auditeurs, chaque mardi midi.
Pour d’autres renseignements Tél./fax : +32 (0)2 513 88 26 www.cinemaniacs.be/midis.poesie
De la cave au grenier, suite de la visite dans le fond de la cour.Dans la cave,
Les BrigittinesHôte de la maison du spectacle-la bellone depuis août 1997, l’asbl Bellone Brigittines quittera dans quelques mois ses actuels bureaux pour occuper alors les espaces qui lui sont destinés dans Brigittines II, l’extension de la Chapelle des Brigittines où cette association atypique continuera ses activités de soutient à la fois du théâtre, de la danse, de la musique et des arts plastiques, en mettant l’accent sur la recherche de formes nouvelles, en développant aussi, entre les arts, d’étranges rencontres.
Pour d’autres renseignements Tél. : +32 (0)2 506 43 00www.brigittines.be
Dans le fond de la cour, au rez-de-chaussée
Deux salles, l’une à gauche, l’autre à droite, servant de salle d’exposition, de bar pendant les manifestations et de salle de réunion disponibles à tous les « professionnels de la profession », tous les autres jours de la semaine.
Informations et réservationsmailto:val%E9rie.sombryn@bellone.be
Au premier étage,
les bureaux de la direction, en montant l’escalier à gauche, ceux de la gestion administrative de la maison, de la cour et du magazine scènes, à droite.
Dans le grenier
TransculturesTranscultures explore, entre création, réflexion et sensibilisation, les nouvelles formes artistiques hybrides ainsi que le champ des arts numériques. Transcultures est le pôle actif belge de la plate-forme européenne mutualisée pour les arts vivants sur Internet artishoc (regroupement d’éditeurs et de lieux culturels francophones). Transcultures réalise également des CDs dédiés aux têtes chercheuses musicales (avec la maison de disques Sub Rosa), objets hybrides, sites Internet et publications sur les enjeux art-société-technologie (avec La Lettre Volée et l’ISELP).
Pour d’autres renseignementsTél. : +32 (0)2 544 08 77 contact@transcultures.nethttp://www.transcultures.net/http://www.netdays.be/


Maison du Spectacle - la Bellonerue de Flandre 46 - 1000 BruxellesTél: 02/513.33.33 - Fax: 02/502.61.59infos@bellone.be


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sites théâtre, on recommande, on signale
tentative d'inventaire pour une bibliothèque idéale du théâtre françaispar Jean-Pierre Thibaudat, sur le site du Ministère des Affaires Etrangères
theatre-contemporain.net la page ressources essentielle pour tout ce qui concerne le théâtre contemporain en France, avec ses vidéos et entretiens, répétions live, liens et CV... inclut lettre hebdo
scenepremiere.comrépertoire de textes et d'auteur, moteur de recherche multi critères, actu et liens
une liste d'information sur l'histoire du théâtre:dramatica (site fabula.org)

retour remue.net
les auteurs de théâtre ont leur site
hommage au compagnon disparu: Bernard-Marie Koltès
l'univers Valère Novarina via la page remue.net
autre dossier : l'énigme Olivier Py
Jacques Rebotier, Vo-Que et son théâtre de questions, plus pas mal d'autres choses
Mohamed Rouabhi et sa compagnie Les Acharnés
Enzo Cormann, son théâtre, mais aussi ses râleries et autres gazettes
Serge Valletti, enfant de Marseille, compagnon de route de Daniel Mesguich, un grand du verbe et du rire
François Berreur, page personnelle, l'héritage de Jean-Luc Lagarce
écritures d'aujourd'hui : une série de textes et analyses, ressources, intertventions, sur remue.net :dossiers auteurs, théorie, dramaturgie...
à découvrir: Joris Lacoste (site fermé?) - William Pellier -
et je propose aussi mes pages personnelles François Bon, théâtre
éditeurs de théâtre
il y a du théâtre chez Minuit (voir nos pages Koltès, Beckett, Séréna...), chez POL (Novarina, Cadiot), et pour découvrir quelques éditeurs spécifiquement théâtre, on recommande
Les Solitaires Intempestifs - L'Arche éditeur - Actes Sud Papiers - les éditions Théâtrales
à signaler : une excellente librairie théâtre (mais TOUT le théâtre) sur les Champs-Élysées, librairie du Rond-Point
les théâtres ont leur site ils s'y mettent, mais lentement! non pas une liste exhaustive, mais une sélection des lieux de théâtre ouverts à la création contemporaine, des lieux attentifs à l'écriture contemporaine (eh non, ça ne les concerne pas tous, malheureusement...), donc dans un ordre de préférences très subjectives! FB
le Théâtre de La Colline à Paris (dir Alain Françon) accès aux quatre derniers numéros de LEXI/textes, une quarantaine de textes d'auteurs et metteurs en scène, pas des moindres, plus vidéos, lettre d'info, un véritable travail de ressources interactives, la Colline première...
le théâtre du Rond-Point à Paris (dir Jean-Michel Ribes), l'écriture mise en avant du théâtre
le théâtre de l'Est Parisien (dir Catherine Anne), expérimentations et recheche dans la proximité
le théâtre de la Manufacture, Centre Dramatique National de Nancy (dir Charles Tordjman) et son festival Passages, théâtres de l'est
le Théâtre National de Dijon Bourgogne, dir Robert Cantarella (auteur associé: Philippe Minyana), son festival Frictions, et les pages H Manifestes de Franck Laroze
le Centre dramatique national d'Orléans (dir Olivier Py, le site inclut ses pages personnelles).
le Théâtre National de Strasbourg (dir Stéphane Braunschweig) et son école.
Théâtre Ouvert actu, historique, saison, Tapuscrits, la fabrique de Lucien et Micheline Attoun...
la Villa Gillet à Lyon (dir Guy Walter), unité de recherches et pas théâtre, elle en remontre à pas mal...
la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon (Centre national d'Écritures du Spectacle)
La Comédie Française (la troupe, la saison, l'historique, et nouveauté : les archives de sa bibliothèque) – la vieille maison, dirigée désormais par Marcel Bozonnet, s'ouvre au contemporain (Marie NDiaye, François Bon)
à Saint-Brieuc le théâtre de la Folle Pensée, et même rolandfichet.com (au cas où ça vous ferait penser à quelqu'un...)
les Ateliers à Lyon - comme dans l'édition, ce n'est pas les petits qui sont les moins actifs et les moins innovants
le théâtre de la Commune à Aubervilliers
Odéon - théâtre de l'Europe - voir en particulier leurs biographies et entretiens
interactivité très originale sur 2040, chantier de création théâtrale
La Comédie de Reims
le Nouveau Théâtre d'Angers (dir C Yersin) - créations, concerts....
vie professionnelle
le festival d'Avignon (programme 2004)
écrivains associés du théâtre - 250 auteurs rassemblés en association:
SACD - infos, vie professionnelle, concours, aides, droits, brèves, etc... à visiter le plus souvent possible...
l'AFAA - agence française d'action artistique
le Centre national du théâtre - documentation, information, recherches
le Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique
la Fédération internationale de recherche théâtrale (bourses pour jeunes chercheurs)
revues, histoire ou théorie du théâtre, autres sites
Erwan Tanguy dans son Sprechgesang présente des dossiers sur La Fonderie de François Tanguy ou l'Entresort de Madeleine Louarn
Passion Théâtre critique, échanges, news - le plus interactif
la revue Mouvement - un site Flash terriblement dissuasif, mais la revue est la meilleure du moment
Iliade Spectacles : accès agence photo Enguerrand et revue Avant-Scène.
la revue Théâtre s en Bretagne est un véritable annuaire du théâtre en ouest
aneth : "nouvelles écritures théâtrales", dossiers en ligne
Théâtrales (université du Québec)- le plus beau site actuel sur l'histoire du théâtre et les études théâtrales, à l'Université du Québec - Montreal : une bonne longueur d'avance sur chez nous...
le département théâtre de l'Université Paris VIII
le Centre d'études théâtrales de Louvain (Belgique)
le laboratoire de recherche Arts du Spectacle du CNRS a commencé la mise en ligne de ses magnifiques archives : site à suivre obligatoirement
les sommaires d'Alternatives théâtrales, de UBU - scènes d'Europe, de Frictions sont accessibles via l'incontournabletheatre-contemporain.net / page revues
dossiers, hommages
Peter Brook : Does nothing come from nothing? une conférence essentielleceux de mon âge n'oublient pas ce qu'ils doivent à sa visite chez Gurdjieff : Peter Brook and traditionnal thoughtun dossier complet de liens en anglais sur Peter Brook et Shakespearephotos et textes : Peter Brook crée Hamlet 2000
Tadeusz Kantor (Maria Stangret deposit) ainsi queoeuvres plastiques de Kantor en français : une "promenade cracovienne" vers Kantor

Societas Rafaëllo Sanziolectures et littérature sur plateau, pour découvrir l'étonnant travail de Romeo Castelluci, visite obligatoire, passez par Sprechgesang d'Erwan Tanguymais aussi : Genesi, des Castellucci, au CDN OrléansPélerins de la matière, le livre des Castellucci aux Solitaires Intempestifsentretien Romeo Castellucci / Bruno Tackels sur Sprechgesangentretien avec Romeo Castellucci sur fluctuat.net

et encore
le travail de Jean-François Peyret sur Histoire naturelle de l'esprit...